—N'allez pas si loin, cria Pauline.
—Eh bien! nous partons, dit madame Deberle. Nous ne faisons rien là, les enfants doivent avoir faim....
Il fallut réunir les petites filles qui s'étaient débandées comme un pensionnat en récréation. On les compta, la petite Guiraud manquait; enfin, on l'aperçut très-loin, dans une allée, se promenant gravement avec l'ombrelle de sa mère. Alors, les dames se dirigèrent vers la porte, en poussant devant elles le flot des robes blanches. Madame Berthier félicitait Pauline sur son mariage, qui devait avoir lieu le mois suivant. Madame Deberle disait qu'elle partait dans trois jours pour Naples, avec son mari et Lucien. Le monde s'écoulait, Zéphyrin et Rosalie restèrent les derniers. À leur tour, ils s'éloignèrent. Ils se prirent le bras, ravis de cette promenade, malgré leur gros chagrin; ils ralentissaient le pas, et leur dos d'amoureux, un moment encore, dansa dans la lumière, au bout de l'avenue.
—Venez, murmura M. Rambaud.
Mais Hélène, d'un geste, le pria d'attendre. Elle restait seule, il lui semblait qu'une page de sa vie était arrachée. Quand elle eut vu les dernières personnes disparaître, elle s'agenouilla péniblement devant le caveau. L'abbé Jouve, en surplis, ne s'était point encore relevé. Tous deux prièrent longtemps. Puis, sans parler, avec son beau regard de charité et de pardon, le prêtre l'aida à se mettre debout.
—Donne-lui ton bras, dit-il simplement à M. Rambaud.
A l'horizon, Paris blondissait sous la radieuse matinée de printemps. Dans le cimetière, un pinson chantait.