—Tais-toi, braillard! dit-elle. Nous allons nous balancer.
Lucien se tut brusquement, Jeanne perdit son air grave, et une joie ardente illumina son visage. Tous trois coururent vers la balançoire. Mais ce fut Pauline qui s'assit sur la planchette.
—Poussez-moi, dit-elle aux enfants.
Ils la poussèrent de toute la force de leurs petites mains. Seulement, Elle était lourde, ils la remuaient à peine.
—Poussez donc! répétait-elle. Oh! les grosses bêtes, ils ne savent pas.
Dans le pavillon, madame Deberle venait d'avoir un léger frisson. Elle trouvait qu'il ne faisait pas chaud, malgré ce beau soleil. Et elle avait prié Malignon de lui passer un burnous de cachemire blanc, accroché à une espagnolette. Malignon s'était levé pour lui poser le burnous sur les épaules. Tous deux causaient familièrement de choses qui intéressaient fort peu Hélène. Aussi cette dernière, inquiète, craignant que Pauline, sans le vouloir, ne renversât les enfants, alla-t-elle dans le jardin, laissant Juliette et le jeune homme discuter une mode de chapeaux qui les passionnait.
Dès que Jeanne vit sa mère, elle s'approcha d'elle, d'un air câlin, avec une supplication dans toute sa personne.
—Oh! maman, murmura-t-elle; oh! maman....
—Non, non, répondit Hélène, qui comprit très-bien. Tu sais qu'on te l'a défendu.
Jeanne adorait se balancer. Il lui semblait qu'elle devenait un oiseau, disait-elle. Ce vent qui lui soufflait au visage, cette brusque envolée, ce va-et-vient continu, rythmé comme un coup d'aile, lui causait l'émotion délicieuse d'un départ pour les nuages. Elle croyait s'en aller là-haut. Seulement, cela finissait toujours mal. Une fois, on l'avait trouvée cramponnée aux cordes de la balançoire, évanouie, les yeux grands ouverts, pleins de l'effarement du vide. Une autre fois, elle était tombée, raidie comme une hirondelle frappée d'un grain de plomb.