—Oh! maman, continuait-elle, rien qu'un peu, un tout petit peu.
Sa mère, pour avoir la paix, l'assit enfin sur la planchette. L'enfant rayonnait, avec une expression dévote, un léger tremblement de jouissance qui agitait ses poignets nus. Et, comme Hélène la balançait très-doucement:
—Plus fort, plus fort, murmurait-elle.
Mais Hélène ne l'écoutait pas. Elle ne quittait point la corde. Et elle s'animait elle-même, les joues roses, toute vibrante des poussées qu'elle imprimait à la planchette. Sa gravité habituelle se fondait dans une sorte de camaraderie avec sa fille.
—C'est assez, déclara-t-elle, en enlevant Jeanne entre ses bras.
—Alors, balance-toi, je t'en prie, balance-toi, dit l'enfant, qui était restée pendue à son cou.
Elle avait la passion de voir sa mère s'envoler, comme elle le disait, prenant plus de joie encore à la regarder qu'à se balancer elle-même. Mais celle-ci lui demanda en riant qui la pousserait; quand elle jouait, elle, c'était sérieux: elle montait par-dessus les arbres. Juste à ce moment; M. Rambaud parut, conduit par la concierge. Il avait rencontré madame Deberle chez Hélène, et il avait cru pouvoir se présenter, en ne trouvant pas cette dernière à son appartement. Madame Deberle se montra très-aimable, touchée par la bonhomie du digne homme. Puis, elle s'enfonça de nouveau dans un entretien très-vif avec Malignon.
—Bon ami va te pousser! bon ami va te pousser! criait Jeanne en sautant autour de sa mère.
—Veux-tu te taire! nous ne sommes pas chez nous, dit Hélène, qui affecta un air de sévérité.
—Mon Dieu! murmura M. Rambaud, si cela vous amuse, je suis à votre disposition. Quand on est à la campagne....