Hélène se laissait tenter. Lorsqu'elle était jeune fille, elle se balançait pendant des heures, et le souvenir de ces lointaines parties l'emplissait d'un sourd désir. Pauline, qui s'était assise avec Lucien au bord de la pelouse, intervint de son air libre de grande fille émancipée.
—Oui, oui, monsieur va vous pousser.... Après il me poussera. N'est-ce pas, monsieur, vous me pousserez?
Cela décida Hélène. La jeunesse qui était en elle, sous la correction froide de sa grande beauté, éclatait avec une ingénuité charmante. Elle se montrait simple et gaie comme une pensionnaire. Surtout, elle n'avait point de pruderie. En riant, elle dit qu'elle ne voulait pas montrer ses jambes, et elle demanda une ficelle, avec laquelle elle noua ses jupes au-dessus de ses chevilles. Puis, montée debout sur la planchette, les bras élargis et se tenant aux cordes, elle cria joyeusement:
—Allez, monsieur Rambaud.... Doucement d'abord!
M. Rambaud avait accroché son chapeau à une branche. Sa large et bonne figure s'éclairait d'un sourire paternel. Il s'assura de la solidité des cordes, regarda les arbres, se décida à donner une légère poussée. Hélène venait, pour la première fois de quitter le deuil. Elle portait une robe grise, garnie de noeuds mauves. Et, toute droite, elle partait lentement, rasant la terre, comme bercée.
—Allez! allez! dit-elle.
Alors, M. Rambaud, les bras en avant, saisissant la planchette au passage, lui imprima un mouvement plus vif. Hélène montait; à chaque vol, elle gagnait de l'espace. Mais le rythme gardait une gravité. On la voyait, correcte encore, un peu sérieuse, avec des yeux très-clairs dans son beau visage muet; ses narines seules se gonflaient, comme pour boire le vent. Pas un pli de ses jupes n'avait bougé. Une natte de son chignon se dénouait.
—Allez! Allez!
Une brusque secousse l'enleva. Elle montait dans le soleil, toujours plus haut. Une brise se dégageait d'elle et soufflait dans le jardin; et elle passait si vite, qu'on ne la distinguait plus avec netteté. Maintenant, elle devait sourire, son visage était rose, ses yeux filaient comme des étoiles. La natte dénouée battait sur son cou. Malgré la ficelle qui les nouait, ses jupes flottaient et découvraient la blancheur de ses chevilles. Et on la sentait à l'aise, la poitrine libre, vivant dans l'air comme dans une patrie.
—Allez! allez!