—Maman, cria-t-elle, un soldat! un soldat!

—Quoi? un soldat? dit la jeune femme. Qu'est-ce que tu me veux, avec ton soldat?

Mais l'enfant était dans un de ses accès de folie joyeuse; elle sautait plus fort, elle répétait: «Un soldat! un soldat!» sans s'expliquer davantage. Alors, comme elle avait laissé la porte de la chambre ouverte, Hélène se leva, et elle fut toute surprise d'apercevoir un soldat, un petit soldat, dans l'antichambre. Rosalie était sortie; Jeanne devait avoir joué sur le palier, malgré la défense formelle de sa mère.

—Qu'est-ce que vous désirez, mon ami? demanda Hélène.

Le petit soldat, très-troublé par l'apparition de cette dame, si belle et si blanche dans son peignoir garni de dentelle, frottait un pied sur la parquet, saluait, balbutiait précipitamment:

—Pardon.... excuse....

Et il ne trouvait rien autre chose, il reculait jusqu'au mur, en traînant toujours les pieds. Ne pouvant aller plus loin, voyant que la dame attendait avec un sourire involontaire, il fouilla vivement dans sa poche droite, dont il tira un mouchoir bleu, un couteau et un morceau de pain. Il regardait chaque objet, l'engouffrait de nouveau. Puis, il passa à la poche gauche; il y avait la un bout de corde, deux clous rouillés, des images enveloppées dans la moitié d'un journal. Il renfonça le tout, il tapa sur ses cuisses d'un air anxieux. Et il bégayait, ahuri:

—Pardon.... excuse....

Mais, brusquement, il posa un doigt contre son nez, en éclatant d'un bon rire. L'imbécile! il se souvenait. Il ôta deux boutons de sa capote, fouilla dans sa poitrine, où il enfonça le bras jusqu'au coude. Enfin, il sortit une lettre, qu'il secoua violemment, comme pour en enlever la poussière, avant de la remettre à Hélène.

—Une lettre pour moi, vous êtes sur? dit celle-ci.