—Comme ils sont longs, criait-elle; ah! je vois de la poussière sur le chemin, c'est eux qui viennent! Quand donc seront-ils ici? Ne pouvons-nous pas sortir un peu, rien que la moitié d'un mille, Ellen? Ne le refusez pas, seulement jusqu'à ce bouquet d'arbres, au tournant.
Je refusai obstinément; enfin son impatience trouva son terme, nous vîmes s'approcher la voiture des voyageurs. Miss Cathy se mit à crier et à étendre les bras dès qu'elle aperçut par la portière la figure de son père. Lui-même ne mit pas moins d'empressement à descendre vers elle, et longtemps ils n'eurent de pensées que l'un pour l'autre. Pendant qu'ils échangeaient leurs caresses, je jetai un regard à l'intérieur de la voiture pour voir le petit Linton. Il était endormi dans un coin, enveloppé dans un chaud manteau de fourrures comme si on avait été en hiver. C'était un garçon pâle, chétif et efféminé, que l'on aurait pu prendre pour le frère plus jeune de mon maître, tant la ressemblance était forte; mais il y avait dans son aspect quelque chose d'une maussaderie maladive que jamais Edgar n'avait eue. Ce dernier s'aperçut de ma curiosité, et, après m'avoir serré la main, il me dit de refermer la portière et de ne pas déranger l'enfant, que le voyage avait fatigué. Cathy aurait bien voulu le voir à son tour, mais son père lui dit de venir, et ils marchèrent ensemble à travers le parc, pendant que je courais en avant prévenir les domestiques.
—Et maintenant, chérie, dit M. Linton à sa fille, lorsqu'ils s'arrêtèrent au bas des marches de la maison, sachez que votre cousin n'est pas fort ni gai comme vous, et rappelez-vous qu'il vient de perdre sa mère: ne vous attendez donc pas à le voir tout de suite jouer et courir avec vous, et ne le fatiguez pas en lui parlant beaucoup; laissez-le tranquille au moins ce soir, voulez-vous?
—Oui, oui, papa, répondit Catherine, mais je veux le voir, et il n'a pas une seule fois regardé à la portière.
La voiture s'arrêta. L'enfant fut réveillé et porté à terre par son oncle.
—Voici votre cousine Cathy, Linton, dit mon maître, mettant l'une dans l'autre les mains des enfants. Elle vous aime déjà, mais ayez bien soin de ne pas la chagriner en pleurant, ce soir. Essayez maintenant d'être gai. Le voyage est fini et vous n'avez pas autre chose à faire qu'à vous reposer et à vous amuser à votre aise.
—Alors, laissez-moi aller au lit! répondit l'enfant, peu soucieux des saluts de Catherine, et mettant ses doigts dans ses yeux pour essuyer des larmes toutes prêtes.
—Allons, allons, voilà un brave enfant! murmurai-je pendant que je le faisais entrer. Vous allez la faire pleurer aussi; voyez combien elle a de chagrin pour vous.
Je ne sais pas si c'était par compassion pour lui, mais sa cousine faisait une aussi triste figure que lui-même en revenant vers son père. Tous trois montèrent dans la bibliothèque, où le thé était déjà servi. Je retirai le bonnet et le manteau de l'enfant et je l'installai sur une chaise près de la table; mais il ne fut pas plus tôt assis qu'il se mit à pleurer de nouveau. Mon maître lui demanda ce qu'il avait.
—Je ne peux pas rester assis sur une chaise, sanglota l'enfant.