La pauvre Cathy, toute remuée de son petit roman, était devenue plus triste et plus maussade lorsqu'elle avait dû y renoncer. Son père insistait pour qu'elle lût moins et prit plus d'exercice. Comme il ne pouvait lui tenir compagnie, je crus de mon devoir de le remplacer autant que possible auprès d'elle; mais c'est à peine si je pouvais économiser une heure ou deux sur mes nombreuses occupations pour l'accompagner, et puis je savais que ma société lui était bien moins agréable que celle de son père.
Une après-midi d'octobre ou du début de novembre—une après-midi fraîche et humide où le ciel bleu était à demi caché par des nuages gris s'élevant rapidement de l'ouest,—je priai ma jeune dame d'avancer l'heure de sa promenade, l'averse ne pouvant manquer d'arriver. Elle refusa et je dus, à contre-cœur, revêtir un manteau et prendre un parapluie pour l'accompagner dans une petite course jusqu'au bout du parc: c'était la promenade où elle se bornait d'ordinaire quand elle avait l'esprit très abattu, et cela lui arrivait invariablement lorsqu'elle avait deviné que son père allait plus mal. Elle marchait tristement sous le vent froid, sans plus songer à courir ni à sauter. Je cherchais autour de moi quelque moyen de détourner sa pensée vers des choses plus gaies.
—Regardez, Miss, m'écriai-je, désignant du doigt un renfoncement, auprès des racines d'un arbre tout tordu. L'hiver n'est pas encore arrivé ici. Voilà une petite fleur, la dernière de cette multitude de campanules qui coloraient de lilas ce gazon en juillet. Voulez-vous grimper et la cueillir pour la montrer à papa?
Catherine considéra longtemps la fleur solitaire et toute tremblante; puis elle me répondit:
—Non je ne veux pas y toucher; mais comme elle a l'air mélancolique, n'est-ce pas, Ellen?
Elle refusa de courir, de se distraire en aucune façon, de temps à autre, il me parut qu'elle levait ses mains vers son visage, comme pour essuyer des larmes.
—Catherine, pourquoi pleurez-vous? chérie, lui demandai-je en appuyant mon bras sur son épaule. Il ne faut pas pleurer parce que votre père a un rhume; il faut se réjouir de ce que ce ne soit rien de pire.
—Oh! mais ce sera quelque chose de pire, me dit-elle. Et que ferai-je quand papa et vous m'aurez quittée et que je serai toute seule? Je ne puis oublier vos paroles, Ellen; elles me résonnent toujours dans l'oreille. Comme la vie sera changée, comme ce inonde me paraîtra lugubre lorsque papa et vous serez morts!
—Personne ne peut dire si ce n'est pas vous qui mourrez la première, répondis-je. C'est mal de prévoir le malheur. Espérons qu'il se passera des années et des années avant qu'aucun de nous ne meure: votre père est jeune, et moi je suis forte, j'ai à peine quarante-cinq ans. Ma mère a vécu quatre-vingts ans, et s'est bien portée jusqu'au bout.
—Mais ma tante Isabella était plus jeune que papa, me dit la jeune fille en me regardant, avec un espoir timide d'être mieux consolée.