—Oh, dit Catherine, je ne me soucie pas de le fâcher!
—Mais moi je m'en soucie, murmura le jeune homme avec un frisson. Ne le provoquez pas contre moi, Catherine, car il est très dur.
—Est-il, en effet, si sévère pour vous, master Heathcliff, demandai-je? S'est-il fatigué de l'indulgence, et sa haine, de passive qu'elle était, est-elle devenue active?
Linton me regarda, mais sans me répondre. Les deux jeunes gens restèrent assis à côté l'un de l'autre pendant encore quelques minutes, pendant lesquelles il ne fit que retenir des soupirs d'épuisement et de souffrance. Vainement Catherine essaya de le distraire en se mettant à cueillir des airelles: elle vit qu'il ne fallait pas même songer à lui en offrir.
—Il y a bien une demi-heure, maintenant, Ellen, me dit-elle enfin à l'oreille, je ne vois pas pourquoi nous resterions, il est tout endormi, et papa doit nous attendre.
—Eh bien, nous ne pouvons pas le laisser endormi, attendez qu'il se réveille et soyez patiente. Vous étiez bien pressée de partir, mais votre désir de revoir le jeune Linton s'est vite évaporé.
—Et pourquoi désirait-il me voir? lui répondit Catherine. Il me plaisait davantage autrefois dans ses plus méchantes humeurs qu'il ne fait à présent dans ces dispositions bizarres. Il a l'air de remplir une tâche qu'on lui a imposée par force. Mais je n'ai aucune envie de venir pour faire plaisir à Heathcliff, quelques raisons qu'il puisse avoir pour contraindre son fils à l'ennui de ces rendez-vous. Et, tout en me réjouissant de savoir qu'il se porte mieux, je suis bien chagrine de voir qu'il soit devenu moins agréable, et moins attaché à moi.
—Ainsi vous croyez qu'il se porte mieux? dis-je.
—Oui; vous vous rappelez comme autrefois il parlait sans cesse de ses souffrances? Il n'est pas tout à fait bien, comme il m'a dit de le dire à papa, mais assurément il va bien mieux.
—En cela je ne suis pas de votre avis, observai-je, et je croirais plutôt que son état a bien empiré.