—Non, mieux, mieux! murmura-t-il tout tremblant, s'appuyant sur elle de toute sa force, pendant que ses grands yeux bleus la considéraient d'un air craintif.

—Mais vous avez été plus mal, insista sa cousine; plus mal que lorsque je vous ai vu la dernière fois, vous avez maigri!

—Je suis fatigué. Il fait trop chaud pour marcher. Asseyons-nous ici. Souvent le matin je me sens malade; papa dit que c'est la croissance.

Peu satisfaite de ces explications, Catherine s'assit et il s'étendit près d'elle.

—Ceci est quelque chose comme votre paradis idéal, dit-elle, avec un effort pour être gaie. Vous rappelez-vous que nous avons discuté un jour l'endroit où chacun de nous aimerait le mieux être? La semaine prochaine, si vous le pouvez, nous descendrons jusqu'au parc de la Grange, et je vous montrerai mon idéal à moi.

Linton ne paraissait passe rappeler de quoi elle parlait. Il était d'ailleurs évident qu'il éprouvait alors une grande difficulté à entretenir une conversation quelconque. Son manque d'intérêt pour les sujets qu'elle soulevait, et son absolue incapacité à en proposer d'autres, étaient si manifestes que la jeune fille ne put cacher son désappointement. Toute la personne et toutes les manières de son cousin avaient subi un changement singulier. Ses mauvaises humeurs avaient été remplacées par une apathie complète, par la disposition morose et égoïste d'un malade inguérissable, repoussant la consolation, et prêt à regarder comme une insulte la gaîté d'autrui. Catherine comprit aussi bien que moi que notre compagnie lui faisait l'effet d'une punition plutôt que d'une récompense; et elle ne se fit pas scrupule de proposer bientôt qu'on se séparât. Cette proposition eut pour effet de secouer la léthargie de Linton, et de le mettre dans un état d'agitation extraordinaire. Il jeta un regard épouvanté du côté des Heights, et la supplia de rester encore une demi-heure.

—Mais je suppose, dit Catherine, que vous serez plus à l'aise chez vous qu'ici, et je vois bien que ni mes paroles ni mes chansons ne peuvent vous amuser aujourd'hui. Vous êtes devenu bien plus sage que moi, durant ces six mois, et vous avez désormais peu de goût pour mes divertissements. Sans cela, si je pouvais vous amuser, je resterais bien volontiers.

—Restez pour vous reposer, répondit-il; et, Catherine, ne pensez pas ou ne dites pas que je suis très mal portant, c'est le temps lourd et la chaleur qui m'ont étourdi, d'autant plus que j'ai marché jusqu'ici et que cela m'a très fatigué. Dites à mon oncle que je me porte assez bien, voulez-vous?

—Je lui dirai que vous m'avez dit cela, Linton, mais je ne pourrai pas lui affirmer que c'est vrai, répondit ma jeune maîtresse, toute surprise de cette étrange obstination dans un mensonge évident.

—Et soyez ici de nouveau jeudi prochain, poursuivit-il, en évitant ses regards. Et remerciez mon oncle de vous avoir permis de venir, remerciez-le bien, Catherine. Et, si vous rencontriez mon père, et s'il vous demandait de mes nouvelles, ne lui laissez pas supposer que j'ai été très silencieux et très stupide, et n'ayez pas l'air si abattue, car il se fâcherait.