—Quel plaisir de vous rencontrer si près de ma maison, Nelly! Comment cela va-t-il à la Grange? Le bruit court qu'Edgar Linton est sur son lit de mort: peut-être a-t-on exagéré sa maladie?
—Non, répondis-je, mon maître est mourant; c'est trop vrai. Ce sera une triste chose pour nous tous, mais une bénédiction pour lui.
—Combien de temps croyez-vous qu'il dure?
—Je ne sais pas.
—C'est que, poursuivit-il en regardant le jeune couple qui se tenait immobile à quelques pas de lui, ce garçon que vous voyez là semble avoir juré d'empêcher mes projets; et je serai reconnaissant à son oncle de se hâter et de partir avant lui. Mais holà, est-ce qu'il y a longtemps qu'il joue à ce jeu de pleurnichage? Je lui ai pourtant donné quelques leçons là-dessus! Est-il en général assez animé avec miss Linton?
—Animé? répondis-je; oh non, il a fait voir au contraire la plus grande détresse. Dans l'état où il est, au lieu d'errer sur les collines avec son amoureuse, il devrait bien plutôt être dans son lit, entre les mains d'un médecin.
—Il y sera dans un jour ou deux, murmura Heathcliff. Mais d'abord... Allons, levez-vous, Linton, levez-vous! cria-t-il. Relevez-vous tout de suite!
Linton, épouvanté, fit des efforts désespérés pour obéir, mais il était sans forces et je le vis retomber avec un cri sourd. M. Heathcliff s'avança vers lui et l'aida à se lever.
—Allons, lui dit-il d'un ton féroce, je vais me fâcher, et prenez garde à vous si vous ne domptez pas ce vilain esprit. Allons, levez-vous tout de suite.
—Oui, mon père, sanglotait-il, j'ai fait comme vous le désiriez, je vous assure. Catherine vous dira que j'ai... que j'ai été gai. Ah! restez près de moi, Catherine, donnez-moi votre main.