Catherine, enfin lâchée, porta ses deux mains à ses tempes comme si elle voulait s'assurer que ses oreilles n'avaient pas été enlevées. Elle tremblait comme un roseau, la pauvre chérie, et s'appuyait contre la table, absolument égarée.

—Vous voyez que je sais châtier les enfants, ricana Heathcliff, en se baissant pour ramasser la clé qui était tombée à terre. Allez maintenant vers Linton comme je vous l'ai dit, et pleurez à votre aise. Je serai votre père demain, et bientôt le seul père que vous aurez; et puisque vous êtes si forte, vous aurez tous les jours l'occasion de goûter de ces douceurs, si je retrouve encore cette méchante humeur dans vos yeux.

Cathy avait couru vers moi, s'était agenouillée, et avait appuyé en pleurant sa joue brûlante sur ma main. Son cousin se tenait immobile sur un coin du banc, se félicitant sans doute de ce que la correction était tombée sur un autre que lui. M. Heathcliff se leva et fit le thé lui-même; lorsqu'il l'eût fait, il m'en offrit une tasse.

—Secouez votre spleen, me dit-il, et prenez soin de votre nourrisson et du mien. Ce thé n'est pas empoisonné, bien que ce soit moi qui l'ai préparé. Je vais sortir et aller chercher vos chevaux.

Notre première pensée, lorsqu'il fut parti, fut de trouver quelque part une sortie. Nous essayâmes la porte de la cuisine, les fenêtres: impossible.

—Master Linton, criai-je, voyant que nous étions bel et bien emprisonnées: vous savez ce que projette votre vilain père, et vous allez nous le dire, ou je vous traite comme il traite votre cousine.

—Oui, Linton, vous devez nous le dire! dit Catherine. C'est par amitié pour vous que je suis venue, et vous seriez trop ingrat si vous refusiez.

—Donnez-moi du thé, et alors je vous le dirai! répondit Linton. Tenez, Catherine, vous laissez tomber vos larmes dans ma tasse, je ne veux pas boire cela. Donnez m'en une autre.

Catherine lui donna une autre tasse et essuya sa figure.

—Eh bien, papa veut que nous nous mariions, poursuivit Linton, après avoir bu quelques gorgées, et comme il craint que votre père ne nous laisse pas nous marier maintenant, et qu'il a peur que je ne meure si nous tardons, il a résolu que nous nous marierions demain matin, après être restés ici toute la nuit; et si vous faites comme il le veut, vous pourrez retourner chez vous demain, et me prendre avec vous.