«C'était une grande avance pour le garçon. Elle ne le remercia pas, mais je vis bien qu'il était tout heureux de ce qu'elle eût accepté son assistance. Il se hasarda à se tenir derrière elle tandis qu'elle examinait ces livres et même à montrer du doigt certaines choses qui amusaient son imagination dans les vieilles images. Elle retirait vivement le livre pour lui faire lever le doigt, mais il ne s'en troublait pas, et se contentait de la considérer elle-même au lieu du livre. Son attention se concentra par degrés à observer la chevelure épaisse et soyeuse de la jeune dame: sa figure, il ne pouvait la voir, pas plus qu'elle ne le voyait. Alors, sans se rendre compte peut-être de ce qu'il faisait, attiré comme un enfant par une chandelle, il se mit à caresser doucement une boucle de ces cheveux. Il lui aurait enfoncé un couteau dans le cou qu'elle n'aurait pas été plus saisie.
—Allez-vous-en tout de suite! Comment osez-vous me toucher? Pourquoi vous arrêtez-vous derrière moi? Je ne puis vous souffrir! Je vais rentrer dans ma chambre si vous m'approchez encore.
«M. Hareton se recula d'un air hébété; il s'assit sur le banc et la regarda pendant une demi-heure encore, continuant à parcourir les volumes. Enfin il s'approcha de moi et me dit tout bas:
—Voulez-vous la prier de nous faire la lecture, Zillah? Je suis ennuyé de ne rien faire et j'aime, j'aimerais tant à l'entendre lire! Mais ne lui dites pas que c'est moi qui l'ai demandé, demandez-le de vous-même.
—M. Hareton désirerait que vous nous fassiez la lecture, madame, dis-je aussitôt. Il vous en serait bien obligé.
«Elle fronça le sourcil et, sans nous regarder, répondit:
—M. Hareton et vous tous, vous aurez la bonté de comprendre que je rejette toute prétention à l'obligeance ou à l'affection que vous avez l'hypocrisie de m'offrir; je vous méprise et ne veux avoir rien à dire à personne d'entre vous. Alors que j'aurais donné ma vie pour une bonne parole, ou même pour voir la figure de l'un de vous, vous vous êtes tous tenus à l'écart. Mais, je ne veux pas me plaindre à vous. J'ai été attirée ici par le froid, mais je n'y suis pas venue pour vous amuser, ni pour jouir de votre société.
—Qu'aurais-je pu faire? demanda Earnshaw. Comment étais-je à blâmer?
—Oh! vous, c'est autre chose, répondit Madame Heathcliff; ce n'est pas, en effet, votre absence qui m'a affligée beaucoup.
—Mais je me suis offert plus d'une fois, répondit-il, tout animé à cette insolence, et j'ai demandé à M. Heathcliff de me laisser veiller à votre place.