—Je suppose qu'alors vous préférez ne rien savoir de l'affaire? monsieur Linton, dis-je. Heathcliff a votre permission pour venir faire la cour à Miss, et pour entrer dans la maison dès que vous êtes absent, dans le but d'empoisonner la maîtresse contre vous!

Confuses qu'elles étaient, les pensées de Catherine s'appliquaient à suivre notre conversation.

—Ah! Nelly m'a trahie! s'écria-t-elle passionnément; Nelly est mon ennemie cachée. Vous, sorcière! Laissez-moi aller vers elle et je la ferai se repentir!

Une manie furieuse s'allumait dans ses yeux; elle luttait désespérément pour se dégager des bras de Linton. Je ne me sentais nullement disposée à risquer l'événement; et je quittai la chambre, prenant sur ma responsabilité d'aller chercher le secours du médecin.

En traversant le jardin pour arriver à la route, à un endroit où est enfoncé dans le mur un crochet à bride, je vis quelque chose de blanc qui faisait des mouvements irréguliers, poussé évidemment par autre chose que le vent. Malgré ma hâte, je m'arrêtai pour l'examiner, afin de ne pas avoir à m'imaginer plus tard que c'était une apparition de l'autre monde. Grandes furent ma surprise et ma perplexité en découvrant, par le toucher plus que par la vue, le lévrier de Miss Isabella, Fanny, suspendu à un mouchoir, et tout près d'étouffer. Je m'empressai de relâcher l'animal et de le conduire au jardin. Je l'avais vu suivre sa maîtresse dans sa chambre quand elle était allée au lit; et je me demandais comment il pouvait être descendu là et quelle méchante personne avait pu le traiter de la sorte. Pendant que je détachais le mouchoir du crochet, il me sembla saisir à plusieurs reprises le bruit de pas de chevaux galopant à quelque distance; mais il y avait tant de choses pour occuper mes réflexions que c'est à peine si j'accordai une pensée à cette circonstance, bien que ce fut un bruit étrange, en ce lieu, à deux heures du matin.

M. Kenneth, par bonheur, sortait justement de chez lui pour voir un malade dans le village, au moment où j'arrivai; et le récit que je lui fis de la maladie de Catherine Linton le détermina à m'accompagner aussitôt à la Grange. C'est un homme simple et rude; il ne se fit pas scrupule de me dire combien il doutait qu'elle survécût à cette seconde attaque, à moins qu'elle ne se montrât plus soumise à sa direction qu'elle n'avait fait auparavant.

—Nelly Dean, dit-il, je ne puis m'empêcher de supposer qu'il y a à cela une cause exceptionnelle. Que s'est-il passé à la Grange? On nous a rapporté ici des choses singulières. Une fille solide et courageuse comme Catherine ne tombe pas malade pour une bagatelle; comment cela a-t-il commencé?

—Le maître vous en informera, répondis-je; mais vous connaissez les dispositions violentes des Earnshaw, et Madame Linton les possède toutes. Ce que je puis vous dire, c'est que tout a commencé par une querelle. Pendant une tempête de passion, elle a été frappée d'une sorte d'accès. C'est du moins son explication à elle, car elle s'est enfuie au plus fort de sa crise et s'est enfermée. Après cela, elle a refusé de manger, et maintenant tantôt elle divague, et tantôt reste dans un demi-sommeil; reconnaissant les personnes qui l'entourent, mais ayant l'esprit rempli de toutes sortes d'idées et d'illusions.

—M. Linton va être bien affligé? observa Kenneth.

—Affligé? Il se brisera le cœur si quelque chose arrive! répondis-je; ne l'alarmez pas plus que de nécessité.