Le reste de la lettre est pour vous seule. Je veux vous demander deux questions. D'abord, comment avez-vous fait pour garder les sentiments généreux de la nature humaine pendant que vous résidiez ici? Je ne vois aucun sentiment que les gens qui m'entourent partagent avec moi.

La seconde question m'intéresse beaucoup: cet homme, ce M. Heathcliff, est-il un homme? Si oui, est-il fou? Et si non, est-il un démon? Je ne veux pas vous dire les raisons qui me font faire cette question; mais je vous supplie de m'expliquer si vous le pouvez qui j'ai épousé, c'est-à-dire quand vous viendrez me voir, et il faut que vous veniez bientôt, Ellen. N'écrivez pas, mais venez, et rapportez-moi quelque chose d'Edgar.

Apprenez maintenant comment j'ai été reçue dans ma nouvelle maison. C'est pour m'amuser que j'insiste sur des sujets tels que le manque de confort extérieur. En réalité, ils ne m'occupent jamais, et je rirais et danserais de joie si je découvrais que leur absence est ma seule misère réelle, et que le reste n'est qu'un mauvais rêve.

Le soleil se couchait derrière la Grange lorsque nous arrivâmes sur la lande, il devait être six heures; mon compagnon s'arrêta une demi-heure pour inspecter le parc et les jardins et probablement le lieu lui-même; de sorte qu'il faisait nuit lorsque nous descendîmes de cheval dans la cour pavée de la ferme, où votre vieux compagnon Joseph sortit pour nous recevoir, s'éclairant d'une chandelle fumeuse. Il s'acquitta de cette mission avec une courtoisie toute à son avantage. D'abord il éleva sa torche au niveau de ma figure, fit une grimace maligne, projeta sa lèvre inférieure, et se détourna; puis il prit les deux chevaux et les conduisit à l'écurie, et reparut de nouveau pour verrouiller la grand'porte, comme si nous vivions dans un château féodal.

Heathcliff s'arrêta pour lui parler et j'entrai dans la cuisine, un trou sale et sans ordre que certainement vous ne reconnaîtriez pas, tant il doit avoir changé depuis votre départ. Auprès du feu se tenait un enfant à la mine canaille, solide dans ses membres et malpropre dans ses vêtements, avec des yeux et une bouche qui rappelaient Catherine.

—Ceci est le neveu légal d'Edgar, pensais-je, et le mien aussi en un sens. Je dois lui serrer la main et—oui—je dois l'embrasser. Il est bon d'établir au début une bonne entente.

Je m'approchai, et, en essayant de prendre son poing calleux, je lui dis:

—Comment allez-vous, mon chéri?

Il répondit dans un jargon que je ne comprenais pas.

—Est-ce que vous et moi nous serons amis, Hareton? repris-je.