Un juron, et la menace de lancer Throttler sur moi si je ne «décampais» pas, voilà ce que j'eus pour me récompenser de ma persévérance.

—Eh! Throttler, mon garçon, murmura le petit misérable réveillant dans un coin un bouledogue à demi-sauvage. Et maintenant, veux-tu t'en aller? demanda-t-il avec autorité.

Toute effrayée, j'obéis: je m'installai sur le seuil pour attendre l'arrivée des autres. M. Heathcliff continuait à ne pas se faire voir et Joseph, que j'avais suivi à l'écurie et prié de m'accompagner, me répondit qu'il avait autre chose à faire et continua son travail, sans cesser de remuer ses lourdes mâchoires, avec un regard de mépris sur ma toilette et ma contenance.

Je fis le tour de la cour et j'arrivai à une autre porte ou je pris la liberté de frapper, dans l'espoir de voir arriver un domestique plus obligeant. Après un moment, la porte fut ouverte par un homme de haute taille, sans cravate, et d'ailleurs extrêmement mal mis; ses traits étaient cachés sous des masses de cheveux touffus; et ses yeux, eux aussi, étaient comme des fantômes de ceux de Catherine, avec toute leur beauté anéantie.

«Qu'est-ce que vous faites ici, me demanda-t-il en grognant. Qui êtes-vous?

—Mon nom était Isabella Linton, répondis-je, vous m'avez vue auparavant, monsieur, je viens d'épouser M. Heathcliff, et c'est lui qui m'a conduite ici, avec votre permission, je suppose.

—Ainsi, il est revenu? demanda le sauvage, avec des yeux de loup affamé.

—Oui, nous venons d'arriver, mais il m'a laissé à la porte de la cuisine, et quand j'ai voulu entrer, votre petit garçon s'est mis en sentinelle et m'a effrayée avec l'aide d'un bouledogue.

—Le damné vilain a bien fait de tenir sa parole! grommela celui qui devait être désormais mon hôte, explorant de l'œil les ténèbres derrière moi avec l'espoir de découvrir Heathcliff; après quoi, il se laissa aller à un monologue d'exécration et de menaces sur ce qu'il aurait fait si le «démon» l'avait trompé.

J'eus regret d'avoir tenté cette seconde entrée, et je songeais à m'éloigner avant qu'il eût fini ses malédictions; mais il m'en empêcha en me forçant d'entrer et en verrouillant de nouveau la porte. Il y avait un grand feu, et c'était la seule lumière pour éclairer l'énorme pièce dont le plancher était devenu d'un gris sale, de même que tous les plats d'étain qui, dans mon enfance, ne manquaient jamais d'attirer mes regards. Je demandai si je pouvais appeler la servante et me faire conduire dans une chambre à coucher. M. Earnshaw ne répondit pas. Il marchait de long en large avec ses mains dans ses poches, paraissant avoir complètement oublié ma présence; il semblait si profondément absorbé, et son aspect général dénotait tant de misanthropie que je ne pus me décider à le déranger de nouveau.