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Au siècle dernier, un conte analogue à tous les contes précédents était inséré dans un livre intitulé le Gage touché, publié à Paris, en 1722. Dans ce conte, qui nous est connu seulement par une courte analyse donnée par M. E. Rolland (Mélusine, 1877, col. 214), il est question de souhaits des trois sœurs. «Si j'étais la femme du roi, dit la troisième, je ne souhaiterais rien tant que d'avoir à la fois deux garçons et une fille qui vinssent au monde chacun avec une étoile d'or au front.» Ici c'est la reine-mère qui écrit au roi que la jeune reine est accouchée de deux chats et d'une chatte. Les objets merveilleux sont la pomme qui chante, l'eau qui danse, et, comme dans notre conte, dans le conte espagnol et dans les contes bretons, l'oiseau de vérité.

Au milieu du XVIe siècle, en Italie, nous retrouvons un conte de ce type parmi les nouvelles de Straparola (no 3 des contes extraits de Straparola et traduits en allemand par Valentin Schmidt). L'introduction a beaucoup de rapport avec celle du conte sicilien no 36 de la collection Pitrè, cité plus haut. «Si j'épousais le majordome du roi, dit l'aînée des trois sœurs, je me vante de pouvoir, avec un verre de vin, désaltérer toute la cour.—Et moi, dit la seconde, avec un fuseau que j'ai, je filerais assez de toile pour donner à toute la cour de belles et fines chemises.» La troisième dit que, si elle avait le roi pour mari, elle lui donnerait à la fois trois enfants, deux garçons et une fille, tous avec de longs cheveux d'or, un collier au cou et une étoile au front. Pendant l'absence du roi, la jeune reine met en effet au monde trois enfants tels qu'elle les a promis, mais ses sœurs, qui la haïssent, apportent à la reine-mère, qui elle aussi déteste sa bru, trois petits chiens qu'on substitue aux enfants. Ceux-ci sont mis dans une boîte et exposés sur la rivière: un meunier les recueille. Chaque fois qu'on leur coupe les cheveux, il tombe des perles et des pierres précieuses. Devenus grands et apprenant que le meunier n'est pas leur père, les deux princes et leur sœur quittent le moulin et vont s'établir dans la ville du roi. La reine-mère envoie auprès de la jeune fille la sage-femme qui lui parle de l'eau qui danse, puis de la pomme qui chante, puis enfin de l'oiseau vert. Les deux frères, après avoir réussi à rapporter l'eau et la pomme, sont changés en statues de pierre quand ils veulent prendre l'oiseau. La jeune fille réussit à s'en emparer, rend la vie à ses frères, et l'oiseau révèle dans un festin toute la vérité.

Ce conte de Straparola a été imité, au XVIIe siècle, par Mme d'Aulnoy, sous le titre de La Princesse Belle-Etoile.

En 1575, une forme incomplète du conte qui nous occupe était publiée dans un livre portugais, les Contos do proveito e exemplo (Contes pour le profit et l'exemple), de Gonçalo Fernandes Trancoso. Ce conte, que M. Coelho nous fait connaître dans la préface de sa collection (p. XVIII), appartient, pour son introduction, au premier groupe indiqué ci-dessus. Chacune des trois sœurs dit ce qu'elle ferait si elle épousait le roi: la première ferait de superbes ouvrages d'or et de soie; la seconde, de précieuses chemises; la troisième aurait deux fils «beaux comme l'or» et une fille «belle comme l'argent.» C'est la plus jeune que le roi épouse. Quand la reine accouche, les deux aînées, jalouses, substituent aux enfants un serpent et d'autres monstres. La reine est chassée par le roi et trouve un refuge dans un couvent. Les enfants sont recueillis par un pêcheur.—Dans ce vieux conte portugais, il manque toute la partie relative aux expéditions des jeunes gens à la recherche d'objets merveilleux. Le mystère de la naissance des enfants est révélé au roi, qui les a vus près de la maison du pêcheur, par une ancienne servante de la reine, dont les méchantes sœurs avaient fait leur complice, et que le remords tourmente.

Un roman du moyen-âge qui a été imprimé en 1499 et qui a été analysé dans les Mélanges tirés d'une grande Bibliothèque (t. F, p. 4 seq.), l'Histoire du Chevalier au Cygne, présente, dans son introduction, un grand rapport avec les contes que nous étudions: Une reine met à la fois au monde six fils et une fille, tous d'une beauté parfaite et portant chacun une chaîne d'or au cou. La sage-femme, par ordre de la reine-mère, dit que la reine est accouchée de sept petits chiens. Un écuyer de la vieille reine, chargé par elle de faire périr les enfants, en a pitié et les dépose près d'un ermitage. Ils sont élevés par l'ermite. Quand ils ont environ sept ans, un chasseur les voit dans la forêt et parle d'eux à la vieille reine qui, comprenant ce qu'ils sont, envoie le chasseur pour les tuer. Celui-ci se contente de leur enlever, à cinq garçons et à la petite fille qu'il trouve, leurs colliers d'or, et les enfants sont changés en cygnes, etc.

D'autres romans du moyen-âge reproduisent ce trait d'une reine accusée d'avoir mis au monde des petits chiens (op. cit., t. H, p. 189, t. O, p. 131).

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En Orient, nous trouvons d'abord un conte populaire indien du Deccan (miss M. Frere, no 4) qui, pour l'introduction, a du rapport avec les contes de ce type: Un radjah, qui a douze femmes et point d'enfants, épouse encore la fille d'un jardinier, nommée Guzra-Bai, au sujet de laquelle il lui a été prédit qu'elle lui donnerait cent fils et une fille. Pendant qu'il est en voyage, Guzra-Bai met au monde, en effet, cent petits garçons et une petite fille. Les douze «reines», qui la détestent, disent à une vieille servante de les débarrasser des enfants; celle-ci les porte hors du palais sur un tas de poussière, pensant que les rats et les oiseaux de proie les dévoreront. Puis, de concert avec les reines, elle met une pierre dans chaque petit berceau. Quand le radjah est de retour, les reines accusent Guzra-Bai d'être une sorcière, et la servante affirme que les enfants se sont transformés en pierres. Le radjah condamne Guzra-Bai à être emprisonnée pour le reste de sa vie. Les enfants échappent au sort qui leur était réservé, et, après nombre d'aventures, la vérité triomphe[201].

Un autre conte indien, celui-ci recueilli dans le Bengale, présente cette même introduction sous une forme beaucoup plus voisine de celle des contes européens (miss Stokes, no 20): Il était une fois une fille de jardinier qui avait coutume de dire: «Quand je me marierai, j'aurai un fils avec une lune au front et une étoile au menton.» Le roi l'entend un jour parler ainsi et l'épouse. Un an après, pendant que le roi est à la chasse, elle met en effet au monde un fils avec une lune au front et une étoile au menton; mais les quatre autres femmes du roi, qui n'ont jamais eu d'enfants, gagnent la sage-femme à prix d'or et lui disent de faire disparaître le nouveau-né, et elles annoncent à la fille du jardinier qu'elle est accouchée d'une pierre. Le roi, furieux à cette nouvelle, relègue la jeune femme parmi les servantes du palais. La sage-femme met l'enfant dans une boîte qu'elle dépose ensuite dans un trou, au milieu de la forêt. L'enfant est sauvé par le chien du roi, puis par sa vache, et enfin par son cheval, nommé Katar. Après nombre d'aventures, qui se rapportent au thème de notre no 12, le Prince et son Cheval, et que nous avons résumées dans les remarques de ce no 12 (p. 151), le jeune homme, sur le conseil de son cheval, se met en route avec une nombreuse suite vers le pays du roi son père. Il écrit à celui-ci pour lui demander la permission de donner une grande fête à laquelle devront prendre part tous les sujets du royaume, sans exception. Le peuple étant rassemblé, le jeune homme, ne voyant pas sa mère, dit au roi qu'il manque quelqu'un, la fille du jardinier, qui a été reine. On l'envoie chercher, et il lui rend les plus grands honneurs. Puis il dit au roi qu'il est son fils, et le cheval Katar raconte toute l'histoire.