Un conte arabe, recueilli à Mardin, en Mésopotamie (Zeitschrift der Deutschen Morgenlændischen Gesellschaft, 1882, p. 259), ressemble encore davantage aux contes européens de cette famille: Un roi, parcourant une nuit les rues de sa ville, entend la conversation de trois sœurs; l'aînée dit que, si le roi voulait l'épouser, elle lui préparerait une tente, sous laquelle il y aurait place pour lui et pour tous ses soldats et qui ne serait pas encore remplie. La seconde dit à son tour qu'elle préparerait au roi un tapis où il y aurait place et au delà pour lui et pour tous ses soldats; la troisième, qu'elle lui donnerait un fils dont les boucles de cheveux seraient alternativement d'argent et d'or. Le roi épouse l'aînée et lui demande où est la tente. «La tente, c'est le ciel là-haut.» Il épouse ensuite la seconde et lui demande où est le tapis, «Le tapis, c'est la terre de Dieu, que voici.» Enfin, il épouse la troisième, qui, le temps venu, met au monde un petit garçon aux boucles de cheveux d'argent et d'or. Mais ses sœurs soudoient la sage-femme et lui disent de substituer à l'enfant deux (sic) chiens noirs. Le roi, furieux contre la jeune femme, ordonne de la lier dans une peau de chameau et de l'exposer à la porte du palais aux insultes des passants. Les deux sœurs mettent l'enfant dans une boîte, qu'elles jettent à la mer. Il est recueilli par un pêcheur sans enfants, qui l'apporte à sa femme. Celle-ci l'élève: toutes les fois qu'elle le baigne, l'eau dont elle s'est servie se change en or. L'enfant fait ainsi la fortune de ses parents adoptifs[202]. Devenu grand, il entend une fois ses camarades lui dire, dans une querelle, qu'il n'est pas le fils du pêcheur. Il court interroger celui-ci, et, apprenant qu'il a été trouvé sur la mer, il se met en route à la recherche de sa famille.—La dernière partie de ce conte est altérée: le jeune homme rencontre une jeune fille mystérieuse, à qui il promet de l'épouser, et arrive avec elle dans la ville du roi son père. Le roi l'aperçoit et dit, en rentrant dans son palais, qu'il a rencontré un jeune homme aux cheveux de telle ou telle façon. Alors les sœurs de la reine envoient une vieille dans la maison où logent les jeunes étrangers; mais la jeune fille la chasse. Le roi invite le jeune homme à venir le voir, et lui dit de lui demander ce qu'il désire; sur le conseil de la jeune fille, il demande qu'on lui donne la femme qui est exposée à la porte du palais. Cela conduit la jeune fille à faire connaître au roi la vérité[203].

Dans ces divers contes orientaux, il manque une partie importante du récit, tel que nous le présentent les contes européens: les expéditions périlleuses auxquelles les jeunes gens sont poussés par leurs ennemis. Nous allons trouver cet épisode dans trois autres contes, également recueillis en Orient.

Il faut mentionner d'abord le conte arabe bien connu des Mille et une Nuits, l'Histoire de deux Sœurs jalouses de leur cadette. L'introduction se rapporte au troisième type que nous avons constaté dans les contes européens: les deux aînées se contentent d'exprimer le souhait, la première d'épouser le boulanger du sultan, la seconde d'épouser son chef de cuisine; la plus jeune, après avoir dit qu'elle souhaiterait d'être femme du sultan, ajoute: «Je lui donnerais un prince dont les cheveux seraient d'or d'un côté et d'argent de l'autre; quand il pleurerait, les larmes qui lui tomberaient des yeux seraient des perles, et autant de fois qu'il sourirait, ses lèvres vermeilles paraîtraient un bouton de rose quand il éclôt»[204]. Dans ce conte, les sœurs jalouses substituent aux deux petits princes et à la petite princesse un chien, un chat et un morceau de bois[205]. Les enfants, qui ne naissent pas tous en même temps, comme dans d'autres contes de cette famille, sont exposés dans une corbeille sur l'eau et recueillis par l'intendant des jardins du sultan. Après la mort de leur père adoptif, ils vivent ensemble dans une maison de campagne bâtie par celui-ci.—Ici, ce n'est ni une des sœurs jalouses, ni une femme envoyée par celles-ci qui éveille dans l'esprit de la princesse le désir d'avoir l'oiseau qui parle, l'arbre qui chante et l'eau jaune couleur d'or; c'est une «dévote musulmane» qui paraît n'avoir eu, en parlant de ces objets merveilleux, aucune mauvaise intention. Comme dans la plupart des contes européens, chacun des princes, avant de se mettre en campagne, remet à la princesse un objet qui l'avertira des malheurs qui pourraient arriver au jeune homme: l'aîné lui donne un couteau, duquel il dégouttera du sang, s'il n'est plus en vie; le cadet, un chapelet dont les grains, s'ils cessent de couler l'un après l'autre, marquera que lui aussi est mort. C'est un vieux derviche à longue barbe qui indique successivement à chacun des princes et à leur sœur où sont les trois objets merveilleux, lesquels ici se trouvent réunis au même endroit, comme dans plusieurs contes européens. Les deux princes sont changés en pierres noires et délivrés par la princesse, qui est parvenue à s'emparer de l'oiseau, de l'arbre et de l'eau. Ici encore, c'est dans un festin que l'oiseau fait ses révélations.

Un autre conte arabe, recueilli récemment en Egypte (Spitta, no 11) a, sur certains points,—introduction et épisode correspondant à celui de la «dévote musulmane» des Mille et une Nuits,—mieux conservé la forme primitive: Un roi, se promenant la nuit dans les rues de sa ville, entend une femme qui dit: «Si le roi m'épouse, je lui ferai une tourte assez grande pour lui et son armée»; une seconde dit à son tour: «Si le roi m'épouse, je lui ferai une tente assez grande pour lui et son armée»[206]; une troisième enfin: «Si le roi m'épouse, je lui donnerai un fils et une fille qui auront alternativement un cheveu d'or et un cheveu d'hyacinthe; s'ils pleurent, il tonnera et la pluie tombera, et, s'ils rient, le soleil et la lune paraîtront.» Le roi les épouse toutes les trois. Les deux premières, sommées de faire ce qu'elles ont promis, disent qu'elles n'ont point parlé sérieusement. Le roi les envoie à la cuisine avec les esclaves. Pour la troisième, il faut bien attendre. Quand elle est au moment d'accoucher, l'autre femme du roi[207] suborne la sage-femme, qui substitue aux deux enfants deux petits chiens. Les enfants sont exposés sur l'eau dans une boîte, et recueillis par un pêcheur et sa femme. Quand ils ont douze ans, le roi voit un jour le jeune garçon, Mohammed l'Avisé, et le prend en affection. La femme du roi s'en aperçoit et elle fait des reproches à la sage-femme. Celle-ci, qui est sorcière, se transporte chez le pêcheur et dit à la jeune fille: «Pourquoi restes-tu seule ainsi? Dis à ton frère de t'aller chercher la rose d'Arab-Zandyq, pour qu'elle t'amuse par son chant»[208]. Le jeune homme part pour aller chercher cette rose. Chemin faisant, il gagne l'amitié d'une vieille ogresse qui lui dit où est la rose et comment il pourra s'en emparer. Mohammed rapporte la rose. La femme du roi, le voyant revenu, se plaint encore à la sage-femme, qui retourne auprès de la jeune fille et lui parle d'un certain miroir, sans lequel la rose ne chante pas. Mohammed, toujours conseillé par l'ogresse, rapporte le miroir; mais la rose ne chante toujours pas. Alors la sage-femme dit à la jeune fille que la rose ne chante qu'avec sa maîtresse, qui s'appelle Arab-Zandyq. Cette fois, l'ogresse dit à Mohammed que tous ceux qui ont voulu emmener Arab-Zandyq ont été changés en pierre. Sur le conseil de l'ogresse, Mohammed va à cheval sous la fenêtre d'Arab-Zandyq et lui crie de descendre. La jeune fille l'injurie et lui dit de s'en aller. Il lève les yeux, et voilà que la moitié de son cheval est changée en pierre. Une seconde fois il l'appelle, et elle lui répond de la même manière. Il lève encore les yeux, et son cheval est tout entier changé en pierre, et la moitié de lui-même aussi. La troisième fois qu'il crie à la jeune fille de descendre, elle se penche hors de la fenêtre, et ses cheveux tombent jusqu'à terre. Mohammed les saisit et la tire hors de la maison. Elle lui dit: «Tu m'es destiné, Mohammed l'Avisé; laisse donc mes cheveux, par la vie de ton père, le roi.—Mon père n'est pas le roi; mon père est un pêcheur.—Non, ton père est le roi; plus tard je te raconterai son histoire.» Mohammed ne lâche les cheveux de la jeune fille que lorsqu'elle a délivré tous les hommes enchantés qui étaient là. Elle montre ensuite au roi que Mohammed et sa sœur sont les enfants aux cheveux d'or et d'hyacinthe que lui avait promis la reine.

Nous citerons enfin un troisième conte oriental, provenant des Avares du Caucase (Schiefner, no 12): Trois sœurs, en cardant de la laine, s'entretiennent un soir ensemble, et chacune d'elles dit aux autres ce qu'elle ferait si le roi la prenait pour femme. L'aînée dit qu'avec un flocon de laine elle tisserait assez d'étoffe pour en habiller toute l'armée du roi; la seconde, qu'avec une seule mesure de farine elle rassasierait toute cette armée; la troisième, qu'elle donnerait au roi un fils aux dents de perles et une fille aux cheveux d'or. Le roi entend leur conversation; il épouse l'aînée, puis la seconde, qui ne peuvent tenir leur engagement, enfin la troisième[209]. Pendant qu'il est à la guerre, cette troisième met au monde un fils aux dents de perles et une fille aux cheveux d'or. Ses deux sœurs, jalouses, font jeter les enfants dans une gorge de montagnes, et envoient dire au roi que sa femme est accouchée d'un chien et d'un chat. Le roi ordonne de noyer le chien et le chat et d'exposer la mère, à la porte du palais, aux insultes des passants[210]. Les deux enfants sont nourris par une biche[211], qui les conduit, devenus grands, dans un château inhabité, où ils vivent ensemble. Un jour que la jeune fille se baigne dans un ruisseau voisin du château, un de ses cheveux d'or est entraîné par le courant jusque dans la ville du roi. Une veuve le montre aux femmes du roi. Celles-ci comprennent que les enfants sont encore vivants. Elles envoient la veuve pour chercher à les perdre. La veuve remonte le ruisseau, trouve la jeune fille seule et lui vante le pommier qui parle, qui bat des mains (sic) et qui danse. La jeune fille meurt d'envie d'avoir une branche de ce pommier, et son frère va la lui chercher au milieu des plus grands dangers, auxquels il échappe. La veuve vient ensuite parler à la jeune fille de la belle Jesensoulchar: si son frère l'épousait, cela ferait pour elle la plus agréable compagnie. Le jeune homme, apprenant le désir de sa sœur de lui voir épouser la belle Jesensoulchar, se met aussitôt en campagne. Un vieillard à longue barbe qu'il rencontre assis sur le bord du chemin veut le détourner de son entreprise: la belle Jesensoulchar habite un château d'argent tout entouré d'eau; il faut l'appeler trois fois, et, si elle ne se présente pas, on est changé en pierre; le rivage est couvert de cavaliers ainsi pétrifiés. Le jeune homme persiste, et il lui arrive ce qui est arrivé aux autres. Ne le voyant pas revenir, sa sœur s'en va à sa recherche. Elle rencontre le même vieillard, qui lui dit que, si Jesensoulchar ne répond pas la première et la seconde fois, il faut lui crier: «Es-tu vraiment plus belle que moi avec mes cheveux d'or, que tu es si fière?» La jeune fille suit ce conseil, et Jesensoulchar se montre: aussitôt tous les cavaliers changés en pierre reviennent à la vie[212]. Le jeune homme épouse Jesensoulchar et l'emmène dans son château, ainsi que le bon vieillard. C'est ce vieillard qui, à l'occasion d'une visite faite au roi par les jeunes gens, révèle le mystère de leur naissance.

Il a été recueilli en Kabylie un conte qui, bien qu'altéré et mutilé au possible, est au fond le conte que nous étudions (Rivière, p. 71). Nous en dégagerons les principaux traits: Un homme a deux femmes. L'une d'elles, jalouse de voir l'autre avoir des enfants, tandis qu'elle-même n'en a pas, les expose tous successivement dans la forêt, sept garçons et une fille. (Il y a là un écho de l'introduction de la plupart des contes précédents; voici maintenant l'envoi en expédition des frères de la jeune fille.) Les enfants habitent ensemble. Un jour une vieille femme dit à la jeune fille: «Si tes frères t'aiment, ils te rapporteront une chauve-souris.» L'un des jeunes garçons se met en campagne. Sur les indications d'un vieillard, il va sur le bord de la mer. Là, il y a une chauve-souris sur un dattier. Quand elle voit le jeune garçon avec son fusil, elle descend de l'arbre, caresse le fusil qui devient un morceau de bois, caresse le jeune garçon qui devient tout petit, tout petit. Même aventure arrive aux six autres frères. La jeune fille vient à son tour; elle attend que la chauve-souris soit endormie. Alors elle s'en saisit et lui dit: «Jure-moi de me montrer mes frères.—Jure-moi,» répond la chauve-souris, «de m'habiller d'or et d'argent.» La chauve-souris descend de l'arbre et caresse les enfants qui reprennent leur première forme. (La chauve-souris, comme on voit, tient la place de l'«oiseau de vérité»; elle en jouera le rôle dans le reste du conte). Les enfants sont conduits par la chauve-souris dans la maison qu'habite leur père. La seconde femme de celui-ci cherche à les empoisonner, mais la chauve-souris les met sur leurs gardes[213]. Ensuite elle leur touche les yeux, et ils reconnaissent leurs parents. (Le conte n'explique pas comment ceux-ci les reconnaissent). La seconde femme est attachée à la queue d'un cheval fougueux. Quant à la chauve-souris, on la remet sur son arbre et on l'habille d'or et d'argent.

XVIII

PEUIL & PUNCE POU & PUCE
Ain joû, Peuil et Punce v'lèrent aller glaner. Qua i feurent pa lo chas, lo v'la que veirent ine grousse niâïe que v'nôt. Peuil deit à Punce: «I va pleuvé, faout n'a r'naller. Mé, j'areuil bée me hâter: je ne marche mé[214] veite, j' s'reuil toûjou mouillie; j'm'a virâ tout bellotema[215]. Té, r'va-t'a à tout per té[216]; t'ais do grandes jambes, t'erriverais chie nô ava lé pleuje, et t'ferais lo gaillées[217] a m'attada.» Un jour, Pou et Puce voulurent aller glaner. Quand ils furent par les champs, les voilà qui virent une grosse nuée qui venait. Pou dit à Puce: «Il va pleuvoir, il faut nous en retourner. Moi, j'aurais beau me hâter: je ne marche pas vite, je serai toujours mouillé; je m'en irai tout doucement. Toi, retourne-t-en toute seule, tu as de grandes jambes, tu arriveras chez nous avant la pluie, et tu feras les gaillées en m'attendant.»
Punce se môt a route, saouta, saouta. Elle feut bitoû à la mâson. Elle rellumé l'feuil, elle apprôté lo gaillées et elle lo moté cueïre da l'chaoudron. Ma v'là qu'a lo remia, elle cheusé[218] d'dâ et s'y nia. Puce se mit en route, sautant, sautant. Elle fut bientôt à la maison. Elle ralluma le feu, elle apprêta les gaillées, et elle les mit cuire dans le chaudron. Mais voilà qu'en les remuant, elle tomba dedans et s'y noya.
Ain peuou aprée, Peuil ratre: «Ah! qu'j'â frô! qu'j'â frô! j'seuil tout mouillie. Punce, vérousque t'ie? Vinâ m'baillée do gaillées; j'lo mingerâ a m'rachaouffa.» Ma l'avô bée crier: Punce ne rapondôme. I s'moté à la chorcher, et voïa qu'elle n'atôtome tout là, i peurné ine cûyie e i tiré ine assiettaïe de gaillées. Ma v'là qu'à lé proumère cûriaïe, î croque Punce. «Ah! quée malheur! Punce o croquaïe! Qu'o ce quo j'vâ feïre? Je n'reste mé tout cei, j'm'a vâ.» Un peu après, Pou rentre: «Ah! que j'ai froid! que j'ai froid! je suis tout mouillé. Puce, où est-ce que tu es? Viens me donner des gaillées; je les mangerai en me réchauffant.» Mais il avait beau crier, Puce ne répondait pas. Il se mit à la chercher, et voyant qu'elle n'était pas là, il prit une cuiller et il tira une assiettée de gaillées. Mais voilà qu'à la première cuillerée, il croque Puce. «Ah! quel malheur! Puce est croquée? Qu'est-ce que je vais faire! Je ne reste pas ici, je m'en vais.»
Qua i feut da lé rue, i parté pa l'Val-Deyé[219]. I passé d'va ain voulot; l'voulot lî deit: «Qu'o ce que t'ais don, Peuil?» Quand il fut dans la rue, il partit par le Val-Derrière. Il passa devant un volet: le volet lui dit: «Qu'est-ce que tu as donc, Pou?»
—«Punce o croquaïe.» —«Puce est croquée.»
—«Eh bé! mé, j'm'a vâ charrie[220] —«Eh bien! moi, je m'en vais battre.»
Qua i feut d'va chie l'père Vaudin[221], l'couchot lî deit: «Qu'o ce que t'ais don, Peuil?» Quand il fut devant chez le père Vaudin, le coq lui dit: «Qu'est-ce que tu as donc, Pou?»
—«Punce o croquaïe.
«Voulot charrie.»
—«Puce est croquée.
«Volet bat.»
—«Eh bé! mé, j'm'a vâ chanter.» —«Eh bien! moi, je m'en vais chanter.»
I r'tourné pa d'vée chie Loriche[222]; l'fourmouaïe lî deit: «Qu'o ce que t'ais don, Peuil?» Il retourna par devant chez Loriche; le fumier lui dit: «Qu'est-ce que tu as donc, Pou?»
—«Punce o croquaïe.
«Voulot charrie,
«Couchot chante.»
—«Puce est croquée.
«Volet bat.
«Coq chante.»
—«Eh bé! mé, j'm'a vâ danser.» —«Eh bien! moi, je m'en vais danser.»
Ain peuou pû lon, l'atôt à coûté d'la mâson d'meussieu Sourdat[223], que faïôt d'l'oueïlle. Y avôt ine femme que sortôt avo deuou bouïrottes[224]. La femme lî deit: «Qu'o ce que t'ais don, Peuil?» Un peu plus loin, il était à côté de la maison de M. Sourdat, qui faisait de l'huile. Il y avait une femme qui sortait avec deux cruches. La femme lui dit: «Qu'est-ce que tu as donc, Pou?»
—«Punce o croquaïe,
«Voulot charrie,
«Couchot chante,
«Fourmouaïe danse.»
—«Puce est croquée,
«Volet bat,
«Coq chante,
«Fumier danse.»
—«Eh bé! mé, j'm'a vâ casser mo deuou bouïrottes.» —«Eh bien! moi, je m'en vais casser mes deux cruches.»
Ainco pû lon, i s'trouvé pré deuou Grand-Four[225]. Tout jeustema, l'père Quentin[226] l'chaouffôt pou affourner l'pain et i r'miôt l'boû que brûlot avo s'feurgon. L'père Quentin lî deit: «Qu'o ce que t'ais don, Peuil?» Encore plus loin, il se trouva près du Grand-Four. Tout justement, le père Quentin le chauffait pour enfourner le pain, et il remuait le bois qui brûlait avec son fourgon. Le père Quentin lui dit: «Qu'est-ce que tu as donc, Pou?»
—«Punce o croquaïe,
«Voulot charrie,
«Couchot chante,
«Fourmouaïe danse,
«La femme é cassé so deuoub ouïrottes.»
—«Puce est croquée,
«Volet bat,
«Coq chante,
«Fumier danse,
«La femme a cassé ses deux cruches.»
—«Eh bé! me, j'm'a vâ t'fourrer m'feurgon aou cû.» —«Eh bien! moi, je m'en vais te fourrer mon fourgon au c...»

REMARQUES

Comparer notre no 74, la Petite Souris.