Des variantes de ce même thème ont été recueillies en France, dans le pays messin (Mélusine, 1877, col. 424), dans la Bretagne non bretonnante (Sébillot, I, no 55, et Littérature orale, p. 232) et dans une région non indiquée (Magasin Pittoresque, t. 37 [1869], p. 82);—en Allemagne, dans la Hesse (Grimm, no 30);—en Norwège (Asbjœrnsen, Tales of the Fjeld, p. 30);—en Italie, dans le Milanais (Imbriani, Novellaja Fiorentina, p. 552); en Vénétie (Bernoni, II, p. 81); à Livourne (G. Papanti, no 4);—en Sicile (Pitrè, no 134);—à Rovigno, dans l'Istrie (voir la revue Giambattista Basile, Naples, 1884, p. 37);—en Catalogne (Maspons, Cuentos, p. 12) et dans une autre région de l'Espagne, probablement en Andalousie (F. Caballero, II, p. 3);—en Portugal (Coelho, no 1);—en Roumanie (M. Kremnitz, no 15);—chez les Grecs de Smyrne (Hahn, no 56).

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On remarquera que, pour la forme générale, tous ces contes, excepté le conte messin, s'écartent de notre conte. Dans ce dernier, en effet, c'est le pou qui s'en va annoncer à chacun des personnages la nouvelle de la mort de la puce, tandis que, dans tous les autres contes, cette nouvelle se transmet de proche en proche. Ainsi, dans le conte portugais, quand Jean le Rat s'est noyé dans la marmite aux haricots, sa femme, le petit carabe, se met à pleurer. Alors, le trépied, apprenant le malheur, se met à danser; en le voyant danser, la porte s'informe, et se met à s'ouvrir et à se fermer; puis, à mesure que la nouvelle va de l'un à l'autre, la poutre se brise, le sapin se déracine, les petits oiseaux s'arrachent les yeux, la fontaine se sèche, les serviteurs du roi cassent leurs cruches, la reine va en chemise à la cuisine, et finalement le roi se traîne le derrière dans la braise (sic).—Notre variante la Petite Souris (no 74) a cette même forme générale.

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Si l'on considère, par rapport à leur introduction, les contes ci-dessus mentionnés, on peut les partager en trois groupes.

Dans le premier, auquel appartiennent le conte portugais, le conte espagnol de la collection Caballero et le conte sicilien, il est d'abord raconté comment s'est fait le mariage des deux personnages principaux, qui font ménage ensemble. La dame qui veut se marier,—petit carabe, dans le conte portugais; petite fourmi, dans l'espagnol; chatte, dans le sicilien,—dit successivement à ses prétendants, bœuf, chien, cochon, etc., de lui faire entendre leur voix. Finalement, le petit carabe épouse Jean le Rat; la petite fourmi, un ratonperez(?); la chatte, une souris.

Le second groupe, où les deux personnages sont présentés, dès l'abord, comme vivant ensemble, comprend tous les autres contes, à l'exception de deux.

Ces deux contes,—conte roumain et conte grec,—forment un groupe à part. Dans le conte roumain, deux vieilles gens, qui n'ont point d'enfants, adoptent une souris; celle-ci, un jour, en surveillant le pot de lait de beurre qui bout, se jette dedans et y périt.—Le conte grec commence aussi par l'histoire de deux vieilles gens qui n'ont pas d'enfants: un jour, en rapportant des champs un panier plein de haricots, la vieille dit: «Je voudrais bien que tous ces haricots fussent autant de petits enfants»; et aussitôt les haricots se trouvent changés en petits enfants. La vieille, trouvant qu'il y en a trop, n'en garde qu'un seul et souhaite que les autres redeviennent des haricots. On donne au petit garçon le nom de Grain de Poivre, à cause de sa petitesse; c'est lui qui, un jour, tombe dans un chaudron bouillant.

Notons ici que, dans presque tous les contes ci-dessus indiqués, l'un des deux personnages principaux se noie dans un chaudron ou dans un pot bouillant.

Ces deux personnages sont, dans le conte messin, dans le conte allemand, dans le conte italien d'Istrie et dans le conte catalan, un pou et une puce, comme dans le conte lorrain.