Dans tous les contes mentionnés ci-dessus, figure l'instrument,—sifflet, flûte, etc.,—qui dénonce le meurtrier. Mais c'est dans le conte lorrain seulement que ce sifflet a été précédemment donné à la victime par la personne qui l'avait aidée dans son entreprise. Il y a là une altération, ingénieuse d'ailleurs, du thème primitif.
Sur ce point, les contes de cette famille se partagent en deux groupes. Dans le premier (conte français de la Loire; conte picard; contes allemands des collections Grimm et Curtze; conte du Tyrol italien; conte napolitain; contes siciliens; conte espagnol de Séville), le sifflet ou tout autre instrument qui parle, a été fait par un berger avec un os du frère ou de la sœur assassinés.—Dans le second (conte du «pays saxon» de Transylvanie; conte polonais; contes russes; conte toscan; conte catalan; conte espagnol de la province de Valence; conte portugais de la collection Braga), le berger se taille une flûte dans un roseau (un sureau, dans le conte allemand de la collection Müllenhoff), qui a poussé à la place où la victime a été enterrée.
Nous rencontrons dans le conte italien du Montferrat, dans le conte espagnol de la province de Valence et le conte catalan, le détail, si peu vraisemblable, même dans un conte merveilleux, du jeune homme retrouvé vivant quand on le retire du trou où il a été enterré.—Dans le second conte russe, la flûte dit qu'il faut asperger la victime d'une certaine eau, et elle revient à la vie.
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Enfin la littérature orientale nous offre un trait du même genre, mais dont nous n'oserions pas affirmer la parenté directe avec nos contés, dans un drame chinois intitulé le Plat qui parle (Journal Asiatique, 4e série, vol. 18, p. 523): Un riche voyageur est assassiné par un aubergiste et sa femme. «Pan (l'aubergiste) brûle le corps de sa victime, recueille ses cendres, pile ses os, dont il fait d'abord une espèce de mortier, puis un plat. C'est ce plat qui, apporté à l'audience de Pao-Tching, parle et dénonce les coupables.»
XXVII
ROPIQUET
Il était une fois une femme qui avait du fil de chanvre à porter au tisserand. Pendant qu'elle finissait de l'apprêter, le diable entra chez elle et la salua: «Bonjour, ma bonne femme.—Bonjour, monsieur.—Si vous voulez,» dit le diable, «je vous tisserai tout votre fil pour rien, mais à une condition: c'est que vous devinerez mon nom.—Volontiers,» répondit la femme. «Vous vous appelez peut-être bien Jean?—Non, ma chère.—Peut-être Claude?—Non.—Vous vous appelez donc François?—Non, non, ma bonne femme; vous n'y arriverez pas. Cependant, vous savez, si vous devinez, vous aurez votre toile pour rien.» Elle défila tous les noms qui lui vinrent à l'esprit, mais sans trouver le nom du diable. «Je m'en vais,» dit celui-ci; «je rapporterai la toile dans deux heures, et, si vous n'avez pas deviné, la toile est à moi.»
Le diable étant parti, la femme s'en fut au bois pour chercher un fagot. Elle s'arrêta près d'un grand chêne et se mit à ramasser des branches mortes. Justement sur ce chêne était le diable qui faisait de la toile et qui taquait, taquait; autour de lui des diablotins qui l'aidaient. Tout en travaillant, le diable disait:
«Tique taque, tique taque,