A la suite de chacun des contes sont indiquées les ressemblances qu'il peut présenter avec tels ou tels récits faisant partie de quelqu'un des recueils de contes populaires édités en France ou à l'étranger, et surtout avec les contes orientaux. Ces rapprochements fourniront toute une série de pièces justificatives, si l'on peut parler ainsi, à l'histoire des migrations des fictions indiennes à travers le monde, histoire que cherche à exposer l'introduction de cet ouvrage.
Dans un Supplément aux remarques, placé à la fin du second volume, nous mettons à profit divers documents, dont plusieurs n'ont été livrés à la publicité que pendant l'impression de notre travail. Un Index bibliographique donne le titre complet des livres qui ont été indiqués en abrégé dans l'intérêt de la brièveté.
Publiées d'abord, de 1876 à 1881, dans la revue la Romania, cette collection et ses remarques ont reçu, de la part de savants de toute nationalité, comme M. Gaston Paris, M. Reinhold Kœhler, M. Ralston, un accueil qui était pour l'auteur un encouragement à faire paraître les Contes lorrains en volumes, avec des remarques considérablement augmentées et souvent tout à fait transformées.
Me permettra-t-on d'exprimer ici mon affectueuse reconnaissance envers les dévouées collaboratrices sans lesquelles ce travail n'aurait jamais été ni entrepris ni achevé? C'est en commun avec elles qu'a été faite la rédaction des contes; pour celle des remarques, j'ai reçu l'aide de leurs conseils, et l'une d'elles ne s'est jamais lassée de me signaler, dans les innombrables collections de contes européens, les plus intéressants rapprochements.
Août 1886.
INTRODUCTION
ESSAI SUR L'ORIGINE ET LA PROPAGATION DES CONTES POPULAIRES EUROPÉENS[2]
Quand Perrault voulut publier les contes dont son enfance avait été bercée, il n'osa les faire paraître sous son nom: il craignait qu'on ne le soupçonnât d'attacher la moindre importance à des récits de paysans et de bonnes femmes. Aujourd'hui Perrault n'aurait plus cette fausse honte,—on recueille, en notre temps, dans tous les pays, les contes des veillées; il existe même, en littérature, ce que l'on pourrait appeler la «question des contes populaires»;—mais Perrault serait exposé à un autre danger: il pourrait, après tant d'autres auteurs, céder à la tentation de grossir démesurément un problème déjà pourtant très intéressant, très sérieux même; de traiter nos contes bleus comme de graves documents; de voir dans le Chat Botté, le Petit Poucet et leurs compagnons l'incarnation de «mythes» dignes de la plus religieuse attention, et de les invoquer comme des témoins des idées primitives de l'humanité ou tout au moins de la race à laquelle appartiennent les nations indo-européennes, la race âryenne. Tel est, en effet, l'enseignement de toute une école, et voilà dans quels nuages, dans quels brouillards se plaisent des hommes qui ne sont pas sans valeur. Pour nous, le brouillard est toujours malsain, fût-ce le brouillard mythique. Contribuer à le dissiper, c'est faire œuvre bonne et utile: nous l'essaierons ici.
I
Si l'on compare entre eux les contes populaires, merveilleux ou plaisants, des diverses nations européennes, de l'Islande à la Grèce, de l'Espagne à la Russie, on trouvera dans ces récits, recueillis chez des peuples si différents de mœurs et de langage, les ressemblances les plus surprenantes. Il n'y a pas là seulement un fonds commun d'idées, des éléments identiques; mais cette identité s'étend à la manière dont ces idées sont mises en œuvre et dont ces éléments sont combinés. C'est là un fait bien connu aujourd'hui, dont il sera facile de se convaincre en jetant un coup d'œil sur n'importe quel conte de notre collection et sur les contes étrangers que nous en rapprochons dans nos remarques.
Comment expliquer ces ressemblances si frappantes?