Comme la princesse ne cachait pas au bossu qu'elle ne pouvait le souffrir, la jalousie de celui-ci contre Adolphe ne faisait que croître. Un jour, il dit au jeune homme: «Allons faire ensemble une partie de chasse dans le bois des Cerfs.—Volontiers,» répondit Adolphe. Quand le bossu fut dans la forêt avec Adolphe, il lui tira un coup de fusil par derrière et l'étendit mort sur la place; puis il creusa un trou et l'y enterra.

Le roi, ne voyant pas revenir Adolphe, demanda au bossu ce qu'il était devenu. «Je n'en sais rien,» dit le bossu. «Il sera parti pour courir le monde; il se lassait sans doute d'être bien ici.» La princesse était au désespoir, mais elle n'en montra rien à son père et lui demanda la permission d'aller chasser dans le bois des Cerfs. Le roi, de crainte d'accident, voulait la faire accompagner par quarante piqueurs à cheval, mais elle le pria de l'y laisser aller seule.

En arrivant dans la forêt, elle aperçut des corbeaux qui voltigeaient autour d'un trou; elle s'approcha, et, reconnaissant le pauvre Adolphe que les corbeaux avaient déjà à moitié dévoré, elle se mit à pleurer et à gémir. Enfin elle s'avisa qu'elle avait sur elle un flacon de l'eau qui ressuscite; elle en frotta le cadavre, et le jeune homme se releva plein de vie et de santé.

Or c'était le troisième jour après sa mort.

La princesse revint au château avec Adolphe; elle le cacha dans une de ses chambres, et alla trouver le roi. «Mon père,» lui dit-elle, «seriez-vous bien aise de voir Adolphe?—Ma fille,» répondit le roi, «que me dis-tu là? Adolphe est parti pour aller au bout du monde: il ne peut être sitôt de retour.—Eh bien!» reprit la princesse, «faites fermer toutes les portes du palais, mettez-y des factionnaires, et suivez-moi.»

Le roi étant entré dans l'appartement de la princesse, celle-ci fit paraître devant lui le jeune homme qui lui dit: «Sire, Adolphe n'est pas mon nom; je suis Eugène, votre filleul.» Puis, tirant de son sein la lettre que le roi avait remise à ses parents, il la présenta au roi en lui disant: «Reconnaissez-vous cet écrit?» Quand le roi eut appris ce qui s'était passé, il fit brûler le bossu dans un cent de fagots, et Eugène épousa la princesse.

Moi, j'étais de faction à la porte de la princesse; je m'y suis ennuyé, et je suis parti.

REMARQUES

Nous tenons ce conte d'un jeune homme de Montiers, qui l'a entendu raconter au régiment.