Quand Adolphe fut de retour, la vieille reine lui dit: «M'as-tu rapporté l'eau qui ressuscite et l'eau qui fait mourir?—Oui,» répondit Adolphe. «Voici l'eau qui ressuscite.—C'est bien. Maintenant, où est l'eau qui fait mourir?—Rendez d'abord à la princesse sa première forme, et je vous donnerai l'eau qui fait mourir.»
La reine fit ce qu'il demandait, et la lionne redevint une belle jeune fille, parée de perles et de diamants, qui se jeta au cou d'Adolphe en le remerciant de l'avoir délivrée. «A présent,» dit la vieille reine, «donne-moi l'eau qui fait mourir.» Adolphe la lui jeta au visage et elle tomba morte. Ensuite le jeune homme reprit avec la princesse le chemin du royaume d'Angleterre et dépêcha au roi un courrier pour lui annoncer leur arrivée.
La joie fut grande au palais. Toutes les dames de la cour vinrent au devant de la princesse pour la complimenter: elle les embrassa l'une après l'autre. Le bossu, qui se trouvait là, s'étant aussi approché pour l'embrasser: «Retire-toi,» lui dit-elle. «Que tu es laid!»
Le soir, pendant le souper, le roi dit à la princesse: «Ma fille, je t'ai promise en mariage à mon filleul: je pense que tu ne voudras pas me faire manquer à ma parole.—Mon père,» répondit la princesse, «laissez-moi encore huit jours pour faire mes dévotions.» Le roi y consentit.
Au bout des huit jours, la princesse dit au roi qu'elle avait laissé tomber dans la mer un anneau qui lui venait de la reine aux pieds d'argent, et qu'avant tout elle voulait le ravoir. Le bossu, jaloux de la préférence que la princesse montrait pour Adolphe, alla dire au roi: «Mon parrain, Adolphe s'est vanté de pouvoir retirer de la mer l'anneau de la princesse.» Le roi fit aussitôt appeler Adolphe: «Eugène m'a dit que tu t'es vanté de pouvoir retirer de la mer l'anneau de la princesse.—Non, sire, je ne m'en suis pas vanté; d'ailleurs, je ne le saurais faire.—N'importe! si tu ne me rapportes pas cet anneau, tu seras brûlé dans un cent de fagots.»
Adolphe s'éloigna bien triste et se rendit chez le géant, auquel il conta sa peine. «Je m'étais dit que je ne ferais plus rien pour toi,» dit le géant. «Pourtant je ne veux pas te laisser dans l'embarras. Je vais appeler les poissons.» On battit la générale parmi les poissons; ils arrivèrent en foule, mais aucun d'eux ne savait où était l'anneau. On s'aperçut alors qu'il manquait à l'appel deux vieux soldats, La Chique et La Ramée; on les fit venir. La Ramée, qui était ivre, déclara qu'il ne savait où était l'anneau, mais que peu lui importait; on le mit en prison. La Chique arriva ensuite, encore plus ivre; il dit qu'il avait la bague dans son sac, mais qu'il fallait d'abord tirer La Ramée de prison. Quand son camarade fut en liberté, La Chique remit la bague au jeune homme. Adolphe lui donna cent francs pour boire à sa santé et courut porter la bague au roi.
«Je pense, ma fille,» dit alors le roi, «que tu dois être contente; tu te marieras demain.—Je ne suis pas encore décidée,» répondit la princesse; «je voudrais auparavant que l'on transportât ici le château de la reine aux pieds d'argent.» On fit aussitôt préparer les fondations, et le bossu, de plus en plus jaloux d'Adolphe, alla dire au roi: «Mon parrain, Adolphe a dit qu'il savait le moyen de transporter ici le château de la reine aux pieds d'argent sans aucune égratignure, pas même une égratignure d'épingle.» Le roi fit appeler Adolphe: «Eugène m'a dit que tu t'es vanté de pouvoir transporter ici le château de la reine aux pieds d'argent sans aucune égratignure, pas même une égratignure d'épingle.—Non, sire, je ne m'en suis pas vanté. D'ailleurs, comment le pourrais-je faire?—N'importe! si tu ne le fais pas, tu seras brûlé dans un cent de fagots.»
Adolphe, bien désolé, alla de nouveau trouver le géant, qui lui dit: «Demande d'abord au roi de te faire construire un grand vaisseau.» Le vaisseau construit, Adolphe s'y embarqua avec le géant. Celui-ci appela le royaume des fourmis, le royaume des rats et le royaume des géants. Les fourmis et les rats détachèrent le château de ses fondations; quatre géants le soulevèrent et l'allèrent porter sur le navire; puis on appela le royaume des poissons pour soutenir le navire.
Tout le monde à la cour du roi d'Angleterre fut enchanté de voir Adolphe de retour, et le château fut posé sur les fondations préparées vis-à-vis du palais du roi. Le roi dit alors à sa fille: «Maintenant j'espère que tu vas épouser Eugène.—Mon père,» répondit la princesse, «accordez-moi quelque temps encore; je ne suis pas décidée.»