Ce conte est une forme écourtée d'un type de conte que nous étudierons à l'occasion de notre no 32, Chatte Blanche. Nous nous bornerons ici à quelques remarques sur ce que l'Oiseau vert présente de particulier.
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Dans la plupart des contes de ce type que nous connaissons, les tâches imposées au jeune homme par l'être malfaisant,—ogre, sorcier, diable, etc.,—chez lequel il se trouve, sont autres que les deux tâches de notre conte. Nous ne retrouvons exactement celles-ci que dans un conte français, d'ailleurs différent pour le reste, recueilli au XVIIe siècle par Mme d'Aulnoy, Gracieuse et Percinet.
En revanche, les transformations des deux jeunes gens sont presque identiques dans notre conte et dans plusieurs des contes que nous examinerons en détail dans les remarques de notre no 32. Ainsi, dans un conte sicilien (Gonzenbach, no 54), la jeune fille se change en jardin et change le jeune homme en jardinier; puis elle-même en église, et le jeune homme en sacristain; enfin, le jeune homme en rivière, et elle-même en petit poisson. Même chose, à peu près, dans d'autres contes siciliens (Gonzenbach, no 55 et no 14; Pitrè, no 15).—Dans un conte westphalien (Grimm, no 113), les transformations sont: buisson d'épines et rose, église et prédicateur, étang et poisson.—Dans un conte de la Bretagne non bretonnante (Sébillot, I, no 31), la jeune fille change en jardin le cheval sur lequel elle s'enfuyait avec le jeune homme; elle se change elle-même en poirier et le jeune homme en jardinier; suivent les transformations en église, autel et prêtre, et enfin en rivière, bateau et batelier.—Dans un conte portugais (Coelho, no 14), les chevaux sont métamorphosés en terre, les harnais en jardin, la jeune fille en laitue, le jeune homme en jardinier; viennent ensuite ermitage, autel, statue de sainte, sacristain qui sonne la messe, et finalement mer, barque, batelier et tanche.
Il serait trop long de poursuivre minutieusement cette revue. Qu'il nous suffise de constater, comme un détail curieux, que la plupart des contes dont il s'agit ici ont la transformation des jeunes gens en église et prêtre ou sacristain. Il en est ainsi, indépendamment des contes indiqués ci-dessus, dans un conte picard (Mélusine, 1877, col. 446); dans des contes allemands (Müllenhoff, p. 395; Prœhle, I, no 8); dans un conte du «pays saxon» de Transylvanie (Haltrich, no 26); dans un conte du Tyrol italien (Schneller, no 27); dans un conte milanais (Imbriani, Novellaja Fiorentina, p. 403); dans des contes toscans (Comparetti, no 11; Gubernatis, Novelline di Santo-Stefano, nos 5 et 6, et Rivista di letteratura popolare, I, fascic. II, p. 84); dans un conte italien des Abruzzes (Finamore, no 4); dans un conte hongrois (Gaal-Stier, no 3); dans un conte croate (Krauss, I, no 48); dans un conte russe (Ralston, p. 129); dans des contes catalans (Rondallayre, I, p. 89, II, p. 30); dans un conte portugais (Consiglieri-Pedroso, no 4); dans un conte portugais du Brésil (Roméro, no 11).—Un conte de la Basse-Bretagne (Luzel, Contes bretons, p. 37), des contes allemands (Wolf, p. 292; Grimm, no 56), un conte esthonien (Kreutzwald, no 14), un conte suédois (Cavallius, no 14 B), et un conte islandais (Arnason, p. 380), n'ont pas cette transformation particulière.
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Au XVIIe siècle, Mme d'Aulnoy recueillait un conte de ce genre et le publiait, après l'avoir fort arrangé, sous le titre de l'Oranger et l'Abeille. Là aussi un jeune homme, un prince, arrive chez des ogres; une princesse captive (ce n'est pas la fille des ogres) s'éprend de lui, et ils s'enfuient ensemble en emportant une baguette magique. L'ogre s'étant mis à leur poursuite, la princesse change en étang le chameau sur lequel ils sont montés, le prince en bateau et elle-même en vieille batelière; puis, plus tard, elle transforme le chameau en pilier, le prince en portrait et elle-même en nain (nous soupçonnons fort Mme d'Aulnoy d'avoir retouché en ce point le récit original); enfin, quand l'ogresse arrive en personne, la princesse change le chameau en caisse, le prince en oranger et elle-même en abeille qui vole autour.
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Un conte kabyle (Rivière, p. 209) nous offre d'une manière très évidente, malgré des altérations considérables, le thème dont l'Oiseau vert est, nous l'avons dit, une forme écourtée: Un fils de roi arrive dans la maison d'une ogresse, dont il veut épouser la fille. Cette dernière le cache, et, pendant la nuit, ils s'enfuient ensemble. Quand l'ogresse s'aperçoit de leur départ, elle se met à leur poursuite; mais elle est arrêtée par divers obstacles.
Un poème héroïque recueilli chez les Tartares de la Sibérie méridionale (Radloff, II, p. 202 seq.) offre, parmi les transformations qui y sont accumulées, un point de comparaison avec l'Oiseau vert et les contes analogues. Le héros, Ai Tolysy, a enlevé une jeune fille; les trois frères de celle-ci se mettent à sa poursuite. Alors la jeune fille change le cheval d'Ai Tolysy en peuplier, Ai Tolysy et elle-même en deux corbeaux, et les trois frères passent sans se douter de rien.—Cette forme très simple peut être particulièrement rapprochée du conte suédois indiqué il y a un instant, et dans lequel les deux jeunes gens se changent successivement en deux rats, deux oiseaux et deux arbres (Comparer le conte islandais).