«Mon frère,» dit l'appointé au caporal, «je crois que si j'avais ton sifflet, je pourrais ravoir ma bourse.—Et si tu perdais aussi mon sifflet?—Ne crains rien.»

L'appointé prit le sifflet et retourna jouer aux cartes avec la princesse. Grâce à son miroir, elle gagna encore la partie, et l'appointé fut obligé de lui donner son sifflet. Il revint au bois en sifflotant. «Tu siffles, mon ami,» lui dit la vieille, «mais tu n'as pas le cœur joyeux.—En effet,» répondit-il.—«Tu as perdu ton sifflet.—Oui.—Eh bien! demande à ton frère de te prêter son chapeau; avec ce chapeau tu pourras peut-être ravoir ta bourse et ton sifflet.»

«Mon frère,» dit l'appointé au sergent, «je crois que si j'avais ton chapeau, je pourrais ravoir ma bourse et mon sifflet.—Et si tu perdais aussi mon chapeau?—Ne crains rien.»

L'appointé s'en retourna jouer aux cartes avec la princesse, et elle lui gagna son chapeau. Il revint bien chagrin et trouva la vieille dans le bois. «Tu siffles, mon ami,» lui dit-elle, «mais tu n'as pas le cœur joyeux.—En effet,» répondit-il.—«Tu as encore perdu ton chapeau.—Oui.—Eh bien! tiens, voici des pommes; tu les vendras un louis pièce: il n'y aura que la princesse qui pourra en acheter.»

L'appointé alla crier ses pommes devant le palais. La princesse envoya sa servante voir ce que c'était. «Ma princesse,» dit la servante, «c'est un homme qui vend des pommes.—Combien les vend-il?—Un louis pièce.—C'est bien cher, mais n'importe.» Elle en acheta cinq, en donna deux à sa servante et mangea les trois autres: aussitôt il leur poussa des cornes, deux à la servante, et trois à la princesse. On fit venir un médecin des plus habiles pour couper les cornes; mais plus il coupait, plus les cornes grandissaient.

La vieille dit à l'appointé: «Tiens, voici deux bouteilles d'eau, l'une pour faire pousser les cornes, et l'autre pour les enlever. Va-t'en trouver la princesse.» L'appointé se rendit au palais et s'annonça comme un grand médecin. Il employa pour la servante l'eau qui faisait tomber les cornes; mais, pour la princesse, il prit l'autre bouteille, et les cornes devinrent encore plus longues. «Ma princesse,» lui dit-il, «vous devez avoir quelque chose sur la conscience.—Rien, en vérité.—Vous voyez pourtant que les cornes de votre servante sont tombées, et que les vôtres grandissent.—Ah! j'ai bien une méchante petite bourse...—Que voulez-vous faire d'une méchante petite bourse, ma princesse? donnez-la moi.—Vous me la rendrez?—Oui, ma princesse, certainement je vous la rendrai.» Elle lui donna la bourse, et il fit tomber une des trois cornes. «Ma princesse, vous devez avoir encore quelque chose sur la conscience.—Rien, en vérité... J'ai bien un méchant petit sifflet...—Que voulez-vous faire d'un méchant petit sifflet, ma princesse? donnez-le moi.—Vous me le rendrez?—Bien certainement.» Il fit tomber la seconde corne, mais il en restait encore une. «Vous devez encore avoir quelque chose sur la conscience.—Plus rien, en vérité... J'ai bien un méchant petit chapeau...—Que voulez-vous faire d'un méchant petit chapeau, ma princesse? donnez-le moi.—Vous me le rendrez?—Oui, oui, je vous le rendrai... Par la vertu de mon petit chapeau, que je sois avec mes frères.»

Aussitôt il disparut, laissant la princesse avec sa dernière corne. Quand je la vis l'autre jour, elle l'avait encore.

REMARQUES

Nous avons recueilli une variante de ce conte, provenant d'Ecurey, hameau situé à deux ou trois kilomètres de Montiers-sur-Saulx. Cette variante est, sur certains points, plus complète. En voici le résumé: