Dans la Zeitschrift für romanische Philologie (t. II, p. 350), M. Kœhler nous apprend qu'un conte présentant une fin de ce genre a été recueilli à Madagascar et publié par M. W.-H.-I. Bleek dans le Cape Monthly Magazine (déc. 1871, p. 334). Il s'agit dans ce conte malgache des exploits de deux fripons, Ikotofetsy et Mahaka. Ikotofetsy est pris au moment où il commet un vol dans un village. On le coud dans une natte pour le jeter à l'eau. Pendant qu'il est laissé sans gardien, vient à passer une femme. Il fait si bien qu'il la décide à le délivrer; puis il la met à sa place et s'enfuit. La femme est jetée à l'eau, et quelques jours après, Ikotofetsy reparaît dans le village, portant une quantité de bijoux qu'il a volés, et il dit aux gens qu'il les a trouvés au fond de l'eau. Alors les villageois lui demandent tous de les jeter à l'eau, ce qu'il s'empresse de faire.
Enfin, on a recueilli aux Antilles, de la bouche d'une mulâtresse, née à Antigoa et nourrice du fils d'un gouverneur de la Jamaïque, une histoire qui présente le même dénouement que les contes de cette famille (Folklore Record, III, p. 53): Ananci[170] étant tombé entre les mains de ses ennemis, ceux-ci le mettent dans un sac pour aller le jeter à la mer. Pendant le trajet, Ananci ne cesse de chanter: «Je suis trop jeune pour épouser la fille du roi.» Comme il fait chaud et qu'Ananci est lourd, les hommes entrent dans une maison pour se rafraîchir, après avoir déposé le sac à la porte. Un berger, qui passe avec son troupeau, entend ce que chante Ananci; il lui demande de le laisser prendre sa place; mais, la chose faite, il a beau chanter: «Je suis assez âgé pour épouser la fille du roi;» on le jette à la mer. Ensuite les hommes rencontrent Ananci conduisant le troupeau du berger, et il leur dit qu'il y a encore dans la mer beaucoup plus de moutons qu'il n'en a pris.
Nous aurions encore à résumer ici un conte kabyle appartenant à cette famille. Mais comme une partie de ce conte doit être particulièrement rapprochée de notre no 20, Richedeau, nous n'en donnerons l'analyse que dans les remarques de ce no 20.
XI
LA BOURSE, LE SIFFLET & LE CHAPEAU
Il était une fois trois frères, le sergent, le caporal et l'appointé[171], qui montaient la garde dans un bois. Un jour que c'était le tour de l'appointé, une vieille femme vint à passer près de lui et lui dit: «L'appointé, veux-tu que je me chauffe à ton feu?—Non, car si mes frères s'éveillaient, ils te tueraient.—Laisse-moi me chauffer, et je te donnerai une petite bourse.—Que veux-tu que je fasse de ta bourse?—Tu sauras, l'appointé, que cette bourse ne se vide jamais: quand on y met la main, on y trouve toujours cinq louis.—Alors, donne-la moi.»
Le lendemain, c'était le caporal qui montait la garde; la même vieille s'approcha de lui. «Caporal, veux-tu que je me chauffe à ton feu?—Non, car si mes frères s'éveillaient, ils te tueraient.—Laisse-moi me chauffer, et je te donnerai un petit sifflet.—Que veux-tu que je fasse de ton sifflet?—Tu sauras, caporal, qu'avec mon sifflet on fait venir en un instant cinquante mille hommes d'infanterie et cinquante mille hommes de cavalerie.—Alors, donne-le moi.»
Le jour suivant, pendant que le sergent montait la garde, il vit aussi venir la vieille. «Sergent, veux-tu que je me chauffe à ton feu?—Non, car si mes frères s'éveillaient, ils te tueraient.—Laisse-moi me chauffer, et je te donnerai un beau petit chapeau.—Que veux-tu que je fasse de ton chapeau?—Tu sauras, sergent, qu'avec mon chapeau on se trouve transporté partout où l'on veut être.—Alors, donne-le moi.»
Un jour, l'appointé jouait aux cartes avec une princesse; celle-ci avait un miroir dans lequel elle voyait le jeu de l'appointé: elle lui gagna sa bourse. Il s'en retourna au bois bien triste, et il sifflait en marchant. La vieille se trouva sur son chemin. «Tu siffles, mon ami,» lui dit-elle; «mais tu n'as pas le cœur joyeux.—En effet,» répondit-il.—«Tu as perdu ta bourse.—Oui.—Eh bien! va dire à ton frère de te prêter son sifflet; avec ce sifflet tu pourras peut-être ravoir ta bourse.»