Dès que le roi vit la Belle aux cheveux d'or, il voulut l'épouser; mais elle déclara qu'elle ne voulait pas se marier, si son père et sa mère n'étaient de la noce. Les serviteurs dirent alors au roi que le jeune garçon s'était vanté d'aller chercher les parents de la Belle aux cheveux d'or. Le roi fit appeler le jeune garçon. «Mon ami, on m'a dit que tu t'es vanté d'aller chercher le père et la mère de la Belle aux cheveux d'or.—Non, sire, je ne m'en suis pas vanté.—Que tu t'en sois vanté ou non, mon ami, s'ils ne sont pas ici demain pour les neuf heures du matin, tu seras pendu.»

«Hé! ma mule, hé! ma mule!—Elle te fera bien du mal, cette plume! Je t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, viens avec moi. Nous emporterons encore un tambour; et, quand nous aurons passé la mer, nous battrons la caisse dans le premier village où nous entrerons, et le premier et la première qui se montreront seront les parents de la Belle aux cheveux d'or.» Ils traversèrent donc la mer. Dans le premier village où ils entrèrent, ils battirent la caisse, et le premier et la première qui se montrèrent, ce furent les parents de la Belle aux cheveux d'or.

Quand ses parents furent arrivés, la Belle aux cheveux d'or dit qu'elle avait laissé tomber son anneau et sa clef dans la mer, et qu'elle voulait les ravoir avant de se marier. Les serviteurs dirent au roi que le jeune garçon s'était vanté de retirer du fond de la mer l'anneau et la clef de la Belle aux cheveux d'or. Le roi le fit appeler. «Mon ami, on m'a dit que tu t'es vanté de retirer du fond de la mer l'anneau et la clef de la Belle aux cheveux d'or.—Non, sire, je ne m'en suis pas vanté;—Que tu t'en sois vanté ou non, mon ami, si tu ne les as pas rapportés ici demain pour les neuf heures du matin, tu seras pendu.»

«Hé! ma mule, hé! ma mule!—Elle te fera bien du mal, cette plume! Je t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, viens avec moi sur le bord de la mer. Le premier pêcheur que nous verrons, nous lui demanderons son poisson, et, quand on ouvrira le poisson, on trouvera dedans l'anneau et la clef.» Tout arriva comme le parrain l'avait dit.

Alors la Belle aux cheveux d'or déclara qu'elle ne voulait pas se marier avant que le jeune garçon ne fût pendu. Le roi dit à celui-ci: «Tu m'as rendu bien des services; je suis désolé de te faire du mal; mais il faut qu'aujourd'hui tu sois pendu.»

Le jeune garçon sortit en pleurant. «Hé! ma mule, hé! ma mule!—Elle te fait bien du mal, cette plume! Je t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Ecoute: quand tu seras sur l'échafaud, au pied de la potence, il y aura sur la place quantité de curieux. Demande au roi une prise de tabac: il ne te la refusera pas. Puis jette le tabac sur les assistants, et tous tomberont morts.»

Etant donc au pied de la potence, le jeune garçon demanda au roi une prise de tabac. «Volontiers, mon ami,» dit le roi; «tu m'as rendu bien des services; je ne puis te refuser ce que tu me demandes.» Alors le jeune garçon jeta le tabac sur les gens qui se trouvaient là, à l'exception de la Belle aux cheveux d'or, et tous tombèrent morts. Puis il descendit de l'échafaud et se maria avec la Belle aux cheveux d'or.

Moi, j'étais à la cuisine avec un beau tablier blanc; mais j'ai laissé tout brûler, et l'on m'a mise à la porte.

NOTES:

[113] Bien que le récit ne le dise pas expressément, le parrain, que nous venons de voir emporter l'enfant sur son dos, a pris la forme d'une mule.—La jeune fille dont nous tenons ce conte interprétait dans un sens figuré ces mots: «Hé! ma mule, hé! ma mule!» Il est évident qu'il faut les prendre à la lettre. Dans la plupart des contes de ce type, le héros est aidé dans ses entreprises par un cheval merveilleux, et nous ajouterons que, dans un de ces contes, recueilli en Basse-Bretagne, la Sainte-Vierge est envoyée par Dieu au jeune homme sous la forme d'une jument blanche.