I, p. 154.—Nous avons dit un mot, d'après Mélusine, d'un conte des sauvages du Brésil. Au moment où nous corrigions les épreuves de cette partie de notre travail, nous n'avions que depuis peu de temps entre les mains la collection de contes portugais du Brésil, publiée tout nouvellement par M. Roméro, et nous n'avions pas vu que les contes dont parle Mélusine avaient été joints à cette collection. Vérification faite (Roméro, p. 198), la ressemblance signalée est très faible: En s'enfuyant de chez l'ogresse, le héros, sur le conseil de la fille de celle-ci, ordonne à certains paniers, qu'elle lui a fait faire, de se transformer en gibier de toute sorte. L'ogresse s'arrête à manger toutes ces bêtes. La suite de ce conte très fruste n'a aucun rapport avec le thème indiqué par Mélusine.
Nº XV.—LES DONS DES TROIS ANIMAUX.
Parmi les contes orientaux que nous avons cités (I, pp. 173-177) comme renfermant le thème, plus ou moins bien conservé, de l'être mystérieux qui cache son âme, sa vie, pour la mettre en sûreté, nous avons donné, p. 175, le résumé d'un conte indien du Kamaon. Nous ferons remarquer ici que ce conte kamaonien offre une grande ressemblance avec le conte indien du Deccan dont un fragment a été donné, même page. La principale différence est que le héros est le fils et non le neveu de la princesse qui a été enlevée par le magicien. De plus, c'est dans d'autres conditions que le jeune prince parvient à s'emparer du perroquet dans lequel est l'âme du magicien.
Tout l'ensemble de ces deux contes du Kamaon et du Deccan se retrouve,—chose à noter,—dans un conte allemand du Holstein (Müllenhoff, p. 404), dans un conte allemand de la principauté de Waldeck (Curtze, p. 129) et dans un conte norvégien (Asbjœrnsen, II, nº 6). Là aussi, une princesse est retenue captive par un magicien; là aussi, tous les beaux-frères de cette princesse, six princes, sont métamorphosés par le magicien (en pierres, comme dans le conte du Deccan); là aussi, un seul homme de la famille,—le fiancé de la princesse, au lieu de son fils ou de son neveu,—a échappé à ce malheur, parce qu'il est resté à la maison, et c'est cet unique survivant qui délivre la princesse.
Notons encore, en passant, que la «sirène» du conte bas-breton, cité pp. 171-172, se retrouve dans un conte espagnol (Biblioteca de las tradiciones populares españolas, I, 1884, p. 183).
Nº XVII.—L'OISEAU DE VÉRITÉ.
La collection Lal Behari Day renferme un conte indien du Bengale (nº 19), qui, sans être bien complet, est mieux conservé que les deux autres contes indiens donnés dans nos remarques (I, pp. 195-196).
Ainsi, d'abord, nous y retrouvons l'introduction caractéristique des contes de ce type: Un jour, une belle jeune fille, dont la mère est une pauvre vieille, va faire ses ablutions dans un étang avec trois amies, filles, la première, du ministre du roi; la seconde, d'un riche marchand, et la dernière, du prêtre royal. Pendant qu'elles se baignent, la fille du ministre dit aux autres: «L'homme qui m'épousera sera un heureux homme: il n'aura jamais à m'acheter d'habits; le vêtement que j'ai une fois mis, ne s'use jamais ni ne se salit.» La fille du marchand dit que le combustible dont elle se sert pour faire la cuisine ne se réduit jamais en cendres, et dure toujours. La fille du prêtre, à son tour, dit que, lorsqu'elle fait cuire du riz, ce riz ne s'épuise pas, et qu'il en reste toujours dans le pot la même quantité. Enfin la fille de la pauvre vieille dit que, si elle se marie, elle aura des jumeaux, un fils et une fille. La fille sera divinement belle, et le fils aura la lune sur son front et des étoiles sur la paume de ses mains. Un roi a entendu cette conversation, et, comme ses six «reines» ne lui ont pas donné d'enfants, il épouse la fille de la vieille.
Ce sont, comme dans les autres contes indiens, les six «reines» qui veulent supprimer les enfants de leur rivale. Elles leur font substituer par la sage-femme deux petits chiens. Le roi, furieux contre sa «septième reine», la fait dépouiller de ses beaux vêtements et revêtir d'habits de cuir et il l'envoie sur la place du marché pour y être employée à écarter les corbeaux. Les enfants sont recueillis par un potier et sa femme, après des incidents merveilleux. Devenu grand, le jeune garçon rencontre un jour le roi à la chasse, et celui-ci remarque la lune sur son front. Il en parle aux six reines, qui envoient la sage-femme à la découverte. La sage-femme entre dans la maison où le frère et la sœur habitent seuls après la mort de leurs parents adoptifs, et se donne à la jeune fille pour sa tante. Après lui avoir fait de grands compliments de sa beauté, elle lui dit qu'il ne lui manque, pour la rehausser, que la fleur nommée kataki, laquelle se trouve au delà de l'océan, gardée par sept cents râkshasas, et elle engage la jeune fille à prier son frère de la lui aller chercher.
Les aventures du jeune homme à la recherche de la fleur ressemblent beaucoup à un épisode d'autres contes indiens, résumé dans les remarques de notre nº 15, les Dons des trois Animaux (I, pp. 176-177). C'est la princesse, ramenée par le jeune homme du pays des râkshasas, qui révèle au roi l'histoire de la perfidie des six reines et tout le reste.
Nº XIX.—LE PETIT BOSSU.
I, p. 214.—Au sujet du flageolet qui force à danser, nous avons rappelé le conte allemand nº 110 de la collection Grimm, le Juif dans les épines. On a recueilli chez les Kabyles un conte analogue (Rivière, p. 91). Dans l'un et dans l'autre, le héros est conduit devant le juge par ceux qu'il a forcés à danser, et il l'oblige à danser lui-même.
I, p. 215.—Nous avons dit que l'épisode du batelier qui, depuis des siècles, transporte les voyageurs de l'autre côté du fleuve, appartient en réalité à un conte d'un autre type, dont un spécimen bien connu est un conte allemand, le Diable aux trois cheveux d'or (Grimm, nº 29). Il est intéressant de constater que cet épisode se retrouve dans un conte annamite (A. Landes, nº 63), qui correspond au conte de la collection Grimm et aux contes analogues.
Dans un conte tchèque de ce type (Chodzko, p. 31), le héros qui doit rapporter à un roi trois cheveux d'or du «vieillard qui voit tout» (le soleil), arrive à une mer. Un vieux batelier, qui depuis des années passe les voyageurs, apprenant où il va, lui dit: «Si tu me promets de demander au vieillard qui voit tout quand j'aurai un remplaçant pour me délivrer de mes peines, je te passerai dans mon bateau.»—Dans le conte annamite, le pauvre homme qui s'en va trouver l'«Empereur Céleste» arrive sur le bord de la mer. Un ba ba (espèce de tortue de mer) sort de l'eau, et lui demande: «Où voulez-vous aller?» Le voyageur lui raconte son histoire. «Je vous passerai dans l'île,» dit le ba ba, «mais vous demanderez pour moi une explication. Voilà mille ans que je fais pénitence, et je reste toujours ce que je suis, sans changer d'être.» Le pauvre consent à ce qui lui est demandé; il monte sur le dos du ba ba, et celui-ci le porte dans l'île.
Chose curieuse, dans une variante «veliko-russe» (Chodzko, p. 40), il n'y a pas de batelier, mais une baleine, couchée à la surface de l'eau et servant de passerelle d'un bord à l'autre. C'est presque le conte annamite.