Nº XXI.—LA BICHE BLANCHE.

I, p. 235.—Nous avons cité divers contes, et notamment un conte indien, dans lesquels une épingle, enfoncée dans la tête de l'héroïne, la transforme en oiseau.

Dans un conte recueilli dans la région de l'Abyssinie, croyons-nous (Leo Reinisch, Die Nuba Sprache, Vienne, 1879, I, p. 221), un magicien enfonce des aiguilles enchantées dans la tête de sept frères, et ils sont changés en taureaux. Leur sœur les conduit au pâturage. Des hommes les tuent. La jeune fille rassemble leurs os et les enterre, et à cet endroit croissent sept palmiers.


Nº XXII.—JEANNE ET BRIMBORIAU.

I, p. 240.—Le conte de l'île de Ceylan, que nous avons rapproché des contes européens de «l'Homme qui revient du Paradis», se retrouve presque identiquement dans le sud de l'Inde (Natêsa Sastrî, nº 12); mais la forme singhalaise est meilleure.

I, pp. 244-245.—Nous avons cité un passage d'un conte du Cambodge. Il sera intéressant, croyons-nous, de signaler l'existence en Europe d'un conte qui ressemble beaucoup à un autre passage de ce même conte oriental.

Dans le récit cambodgien, une femme voudrait se débarrasser de son mari pour en prendre un autre. Un jour, le mari, occupé à la récolte des ignames dans la forêt, va se reposer durant la chaleur dans le temple d'un génie. Précisément pendant ce temps arrive la femme, apportant des offrandes au génie pour lui demander la mort de son mari. Celui-ci, ayant entendu sa prière, se cache derrière l'idole, et, déguisant sa voix, il ordonne à la femme d'acheter une poule couveuse et ses œufs et de servir ce mets à son mari, qui en mourra. La femme se retire et va exécuter cet ordre. Le soir, le mari mange tout ce qui lui est servi et feint de tomber gravement malade. Alors la femme fait entrer son amant, que le mari trouve moyen de faire périr.—Dans un conte du Tyrol italien (Schneller, nº 58), une femme voudrait rendre son mari aveugle pour être plus libre. Elle lui dit un jour qu'elle va se confesser. Le mari, qui se méfie d'elle, lui parle d'un certain prêtre, très habile, dit-il, dans toute sorte de sciences occultes, qui se tient à tel endroit dans le creux d'un chêne. Elle s'y rend: c'est le mari lui-même qui s'est mis dans le chêne. Elle demande au prétendu magicien comment elle pourrait rendre son mari aveugle. Il répond qu'il faut lui faire cuire chaque jour une poule. De retour au logis, elle raconte que le prêtre lui a dit qu'elle devait montrer plus d'égards à son mari, le bien soigner, et chaque jour elle lui fait manger une poule. L'homme fait semblant de perdre peu à peu la vue, et, quand elle le croit tout à fait aveugle, elle appelle son amant, que le mari fait périr. (Comparer Prœhle, I, nº 51, et Braga, nº 113.)—Le Pantchatantra indien (liv. III, 16e récit) nous offre à peu près les même traits: Une femme apporte des offrandes à une déesse et lui demande le moyen de rendre son mari aveugle; le mari, caché derrière la statue, répond qu'il faut lui donner tous les jours des gâteaux et des friandises; plus tard il feint d'être aveugle et finalement bâtonne si bien l'amant de sa femme que celui-ci en meurt.


Nº XXIII.—LE POIRIER D'OR.

Pour l'arbre qui pousse à l'endroit où l'on a mis les os du mouton, comparer le conte de la région de l'Abyssinie, cité dans le supplément aux remarques de notre nº 21, la Biche blanche.

Nous avons fait remarquer que le thème de Cendrillon se combine souvent avec le thème propre du Poirier d'or, et nous avons cité, à ce propos (I, pp. 253-254), un conte indien, dont malheureusement nous ne possédons qu'une analyse incomplète. Il a été publié tout récemment un conte annamite (A. Landes, nº 22), qui présente la même combinaison.

L'introduction de ce conte annamite est altérée, mais nous y retrouvons l'animal mystérieux qui, même après avoir été tué, vient au secours de l'héroïne: Un mari et sa femme ont chacun une fille; celle du mari s'appelle Cam; celle de la femme, Tam. Comme elles sont de même taille et qu'on ne sait laquelle est l'aînée, leurs parents les envoient à la pêche: celle qui prendra le plus de poissons sera l'aînée. C'est Cam, la fille du mari, qui en prend le plus, mais l'autre lui dérobe sa pêche. Un génie, voyant la jeune fille pleurer, lui demande s'il ne lui reste plus rien. Elle répond qu'elle n'a plus qu'un seul poisson. Alors le génie lui dit de le mettre dans un puits et de le nourrir. Mais, un jour, la fille de la marâtre appelle le poisson, le prend et le fait cuire.

A son retour, Cam, ne trouvant plus son poisson, se met à pleurer. Le coq lui dit: «O! o! o! donne-moi trois grains de riz, je te montrerai ses arêtes.» Cam ramasse les arêtes. Le génie lui dit de les mettre dans quatre petits pots, aux quatre coins de son lit: au bout de trois mois et dix jours, elle y trouvera tout ce qu'elle désirera[139]. Elle y trouve des habits et une paire de souliers.

Ici nous entrons tout à fait dans le thème de Cendrillon: Cam s'en va s'habiller dans les champs; mais ses souliers viennent à être mouillés, et elle les fait sécher. Un corbeau enlève un de ces souliers et va le porter dans le palais du prince héritier. Celui-ci fait proclamer qu'il prendra pour femme celle qui pourra chausser le soulier[140]. La marâtre ne permet pas à Cam de se rendre au palais; mais elle y conduit sa fille à elle, sans succès. Cam se plaint et demande à tenter l'aventure. Alors la marâtre mêle des haricots et du sésame, et lui dit que, lorsqu'elle les aura triés, elle pourra y aller. Le génie envoie une bande de pigeons pour l'aider[141]. Enfin Cam va au palais, elle essaie le soulier, et le prince l'épouse.

Vient ensuite, après que Cam a été tuée par la malice de sa belle-sœur, une série de transformations dont nous avons parlé dans le second Appendice à notre introduction (I, pp. LXII-LXIII) et un dénouement dont nous avons dit un mot dans cette introduction même (I, p. XXXIX), mais que, vu son intérêt, nous donnerons ici in extenso: «Lorsque Tam vit revenir sa sœur, elle feignit une grande joie: «Où avez vous été si longtemps? Comment faites-vous pour être si jolie? Dites-le moi, que je fasse comme vous.—Si vous voulez être aussi jolie que moi, faites bouillir de l'eau et jetez-vous dedans.» Tam la crut; elle se jeta dans de l'eau bouillante et mourut. Cam fit saler sa chair et l'envoya à la marâtre. Celle-ci crut que c'était du porc et se mit à manger. Un corbeau perché sur un arbre cria: «Le corbeau vorace mange la chair de son enfant et fait craquer ses os.» La mère de Tam, entendant ce corbeau, se mit en colère et lui dit: «C'est ma fille qui m'a envoyé de la viande; pourquoi dis-tu que je mange la chair de ma fille?» Mais, quand elle eut fini la provision, elle trouva la tête de Tam, et sut ainsi qu'elle était morte.»

Dans un conte sicilien (Gonzenbach, nº 48), une marâtre a fait disparaître sa belle-fille, mariée à un roi, et lui a substitué sa fille à elle. La tromperie étant découverte, le roi fait hacher en mille morceaux la fille de la marâtre et la fait saler dans un baril, en ayant soin de faire mettre la tête au fond. Puis il envoie le baril à la marâtre en lui faisant dire que c'est du thon que lui envoie sa fille. La marâtre ouvre le baril et commence à manger. Le chat lui dit: «Donne-moi quelque chose, et je t'aiderai à pleurer.» Mais elle le chasse. Quand elle arrive au fond du baril et qu'elle voit la tête de sa fille, de désespoir elle se casse la tête contre un mur. Et le chat se met à chanter: «Tu n'as rien voulu me donner; je ne t'aiderai pas à pleurer.»

Ce même passage se retrouve, plus ou moins bien conservé, dans d'autres contes siciliens (Gonzenbach, nos 33, 34, 49; Pitrè, nº 59) et dans un conte islandais (Arnason, p. 243)[142].

Dans une légende historique, rattachée au nom d'une reine Marguerite de Danemark (Müllenhoff, p. 18), le fils de cette reine, envoyé à Oldenbourg pour encaisser de l'argent, est saisi par les cordonniers du pays, qui le hachent menu, le salent et le renvoient ainsi à sa mère.

Un conte kabyle (Rivière, p. 55), qui se rattache au même thème que le conte sicilien cité tout à l'heure, se termine de la même façon: Après que la fille de la marâtre a été tuée, on la fait cuire et on l'envoie à sa mère et à sa sœur. Le chat intervient dans le conte kabyle comme dans le conte sicilien. «Si tu me donnes ce morceau,» dit-il, «je pleurerai d'un œil.»

Enfin, dans un conte indien (miss Stokes, nº 2), une reine qui a maltraité et tué les enfants de son mari est brûlée vive, et ses os sont envoyés à sa mère.

NOTES: