[18] Nous dirons,—ce qui rend encore plus fort le raisonnement de M. G. Paris,—aucune version d'aucun pays. Pour un observateur superficiel, le conte provençal et le conte languedocien, que nous avons mentionnés ci-dessus, pourraient au premier abord paraître reproduire la forme hébraïque. Il n'y est pas, en effet, parlé de résistance des divers personnages: «Le loup vient qui voulait manger la chèvre», puis le chien «qui voulait mordre le loup», etc. Mais il y a là, certainement, une altération, ainsi que le montre l'introduction où l'on dit à la chèvre de sortir d'un champ de mil qu'elle mange. Evidemment, dans la forme primitive, on appelait le loup contre la chèvre, puis le chien contre le loup, etc. D'ailleurs,—et ceci est décisif,—la fin de ces deux contes, avec la série lien, souris, chat, les rattache précisément au groupe de contes qui s'éloigne le plus du chant juif et dont nous ferons connaître tout à l'heure une forme orientale.
[19] L'introduction de ce conte indien se retrouve à peu près dans le conte espagnol, cité plus haut, où la petite fille veut faire arracher un arbre pour chercher un pois qui est tombé à côté.
[20] Il y a ici, comme dans le conte portugais résume ci-dessus, une série préliminaire de personnages, avant la série ordinaire ou, du moins, avant l'une des deux séries ordinaires, et, chose curieuse, cette série préliminaire, dans le conte portugais,—juge, roi, qui doit faire marcher le juge, reine, qui doit se fâcher contre le roi, rat, qui doit ronger les jupes de la reine, chat, chien, puis bâton,—a beaucoup de rapport avec celle du conte indien. Ajoutons que l'introduction du conte portugais est analogue à celle du conte espagnol et, par suite, à celle du conte indien.
[21] Dans un conte de l'île de Ceylan (Orientalist, 1885, p. 26), après une introduction analogue à celle des contes indiens, la série de personnages mis en scène est toute différente: Un oiseau a pondu deux œufs entre deux grosses pierres; les pierres s'étant rapprochées, il ne peut plus arriver à son nid. Alors il appelle à son aide un maçon; celui-ci ayant refusé de venir, l'oiseau dit à un sanglier d'aller dans le champ du maçon manger tout le grain; puis à un chasseur, de tirer le sanglier; à un éléphant, de tuer le chasseur; à un katussâ (sorte de petit lézard), de s'introduire, par la trompe de l'éléphant, jusque dans son cerveau (sic); à une poule des jungles, de manger le katussâ; à un chacal, de manger la poule. Le chacal se met à la poursuite de la poule, etc.
[22] Un passage du Coran, que nous trouvons dans le Magasin pittoresque (t. 46, 1878, p. 334), nous paraît un écho de cette fable indienne. Voici ce passage, que l'on peut ajouter aux rapprochements faits par M. Benfey (Pantschatantra, II, p. 373 seq.): «Quand Dieu eut fait la terre, elle vacillait de çà et de là, jusqu'à ce que Dieu eût mis les montagnes pour la tenir ferme. Alors les anges lui demandèrent: O Dieu, y a-t-il dans ta création quelque chose de plus fort que les montagnes? Et Dieu répondit: Le fer est plus fort que les montagnes, puisqu'il les fend.—Et, dans ta création, est-il quelque chose de plus fort que le fer?—Oui, le feu est plus fort que le fer, puisqu'il le fond.—Et est-il quelque chose de plus fort que le feu?—Oui, l'eau, car elle l'éteint.—Est-il quelque chose de plus fort que l'eau?—Oui, le vent, car il la soulève.—O notre soutien suprême, est-il dans ta création quelque chose de plus fort que le vent?—Oui, l'homme de bien qui fait la charité: s'il donne de sa main droite sans que sa gauche le sache, il surmonte toutes choses.»
[23] Etait-ce bien une gazelle dans le texte original, et n'y aurait-il pas là une erreur de traduction?
XXXV
MARIE DE LA CHAUME DU BOIS
Il était une fois une femme qui avait deux filles: l'aînée servait dans une maison de la ville voisine; la plus jeune demeurait avec sa mère dans une chaumière isolée au milieu de la forêt.