Un jour que cette dernière, qu'on appelait Marie de la Chaume du Bois, était seule, occupée à filer, elle entendit frapper à la porte; elle ouvrit et vit entrer un beau jeune homme habillé en chasseur, qui la pria de lui donner à boire, lui disant qu'il était le roi du pays. Il fut si frappé de la beauté de la jeune fille, que peu de jours après il revint à la chaumière pour demander sa main. La mère, qui n'aimait que sa fille aînée, aurait bien voulu la faire épouser au roi; elle n'osa pourtant pas s'opposer au mariage de la cadette, et les noces se firent en grande cérémonie.

A quelque temps de là, le roi fut obligé de partir pour la guerre. Pendant son absence, la mère de la reine vint au château avec son autre fille. Celle-ci, qui enviait le bonheur de sa sœur et la haïssait mortellement, voulut profiter de l'occasion pour se venger. Elle se jeta un jour sur la reine, lui arracha d'abord les yeux, puis les dents, enfin lui coupa les mains et les pieds et la fit porter dans une forêt, où on l'abandonna. Comme elle ressemblait à sa sœur, elle se fit passer pour la reine.

Cependant, la pauvre reine n'attendait plus que la mort. Tout à coup, un vieillard se trouva près d'elle et lui dit: «Madame, qui donc vous a abandonnée dans cette forêt?» La reine lui ayant raconté ce qui lui était arrivé: «Vous pouvez,» dit le vieillard, «faire trois souhaits; ils vous seront accordés.—Ah!» répondit la reine, «je voudrais bien ravoir mes yeux, mes dents, mes mains, et, s'il m'était permis de faire un souhait de plus, mes pieds aussi.»

Le vieillard dit à un petit garçon qui était avec lui: «Prends ce rouet d'or, et va le vendre au château pour deux yeux.» Le petit garçon prit le rouet et s'en alla crier devant le château:

«Au tour, au tour à filer!

«Qui veut acheter mon tour à filer?»

La fausse reine sortit au bruit et dit au petit garçon: «Combien vends-tu ton rouet?—Je le vends pour deux yeux.» Elle s'en alla demander conseil à sa mère. «Tu as mis les yeux de ta sœur dans une boîte», dit la vieille; «tu n'as qu'à les donner à cet enfant.» Le petit garçon prit les yeux et les rapporta au vieillard. Celui-ci ne les eut pas plus tôt remis à leur place, que la reine recouvra la vue.

«Maintenant,» dit-elle, je voudrais bien ravoir mes dents.» Le vieillard donna une quenouille d'or au petit garçon et lui dit: «Va au château vendre cette quenouille pour des dents.» L'enfant prit la quenouille et s'en alla crier devant le château:

«Quenouille, quenouille à filer!

«Qui veut acheter ma quenouille?»