Ils étaient tous les trois bien tristes, quand Bagnolet se souvint qu'il avait encore son sabre; il le tira. «Mon maître, qu'y a-t-il pour votre service?—Je désire que tu nous apportes une table chargée des meilleurs mets, trois beaux couverts et trois beaux fauteuils, et que tu changes notre prison en un beau palais.» Tout cela se fit à l'instant, et ils avaient de plus beaux salons que le roi.
Le roi, étant venu voir ce qu'ils faisaient, les trouva à table; il fut dans une grande colère et les fit mettre dans une autre prison. Bagnolet tira son sabre. «Mon maître, qu'y a-t-il pour votre service?—Je voudrais, s'il était possible, être transporté avec mes frères à vingt lieues de la ville.—Retournez-vous, vous y êtes.»
Il y avait par là un château où personne n'habitait parce qu'il y revenait des esprits; les trois frères s'y établirent. Bagnolet dit au sabre: «Peux-tu faire venir la princesse qui a pris la bourse?—Mon maître, elle sera ici à minuit avec la bourse.» Quand la princesse fut arrivée, ils lui reprirent la bourse, la maltraitèrent, lui cassèrent les reins et la renvoyèrent. Le roi entra dans une colère effroyable; il aurait bien voulu savoir où étaient les trois frères.
Bagnolet tira encore son sabre et lui dit: «Je désire, s'il est possible, que tu nous amènes la princesse qui a pris la giberne.—Mon maître, elle sera ici à minuit avec la giberne.» Quand elle arriva, ils lui reprirent la giberne, la maltraitèrent, lui cassèrent les reins et la renvoyèrent. Le roi, encore plus furieux, dit à sa plus jeune fille: «Je pense, ma fille, que tu vas avoir le même sort que tes sœurs; mais il faudra marquer de noir la porte de la maison où l'on te conduira.»
Le lendemain, Bagnolet dit au sabre: «Je désire que tu fasses venir la princesse qui a pris le manteau.—Mon maître, elle sera ici à minuit avec le manteau. Son père lui a recommandé de marquer de noir la porte de la maison où on la conduirait; mais j'irai marquer toutes les maisons du quartier, et l'on ne pourra rien reconnaître.» A minuit, la princesse se trouva au château; les trois frères lui reprirent le manteau, la maltraitèrent encore plus que les autres, parce qu'elle était la plus méchante, lui cassèrent les reins et la renvoyèrent chez son père, qui ne se sentit plus de fureur. Puis ils dépêchèrent au roi un ambassadeur pour lui déclarer la guerre.
Le roi fit marcher contre eux une grande armée. Les trois frères étaient seuls de leur côté. «C'est vous qui êtes le plus âgé,» dirent-ils au roi, «rangez vos hommes le premier.» Ensuite Plume-en-Patte ouvrit sa giberne et en fit sortir un grand nombre d'hommes armés. Les soldats d'Angleterre eurent beau tirer; les hommes de Plume-en-Patte étaient ainsi faits qu'ils ne pouvaient être tués. Le roi d'Angleterre perdit toute son armée et s'enfuit. Les trois frères allèrent piller son château, puis ils allumèrent un grand feu et y jetèrent la reine et ses trois filles.
Ils retournèrent ensuite en France, mais ils furent arrêtés comme déserteurs et on les mit en prison. Bagnolet tira son sabre: «Mon maître, qu'y a-t-il pour votre service?—Je voudrais, s'il était possible, être transporté avec mes frères à la cour du roi de France.—Retournez-vous, vous y êtes.» Le roi de France n'avait qu'une fille; ils la demandèrent en mariage. «Je ne donne pas ma fille à des capitaines,» leur dit le roi; «mais dans deux ou trois mois chacun de vous peut être maréchal, et celui qui se sera le plus distingué aura ma fille.» Les trois frères lui dirent alors qu'ils avaient des dons, et lui parlèrent de la bourse, de la giberne, du sabre et du manteau. Au bout de deux mois, Plume-en-Patte, celui qui avait la giberne, devint maréchal et épousa la princesse; ses frères se marièrent le même jour. Le roi d'Angleterre se trouvait aux noces; il se dit que les mariés ressemblaient fort aux trois frères qui lui avaient fait tant de mal, mais il ne les reconnut point.
Moi, j'étais de faction à la porte de la princesse, comptant les clous pour passer le temps. Je m'y suis ennuyé, et je suis revenu.