LII
LA CANNE DE CINQ CENTS LIVRES
Il était une fois un petit garçon qu'on avait trouvé dans le bois et qui était bien méchant. Quand il fut grand, il entra un jour chez un forgeron et lui commanda une canne de cinq cents livres. «Tu veux dire une canne de cinq livres?» lui dit le forgeron. «—Non,» répondit le jeune garçon, «une canne de cinq cents livres.» Et en même temps il donna un grand soufflet au forgeron. Celui-ci lui fit une canne comme il la voulait, et le jeune garçon se mit en route.
Sur son chemin, il rencontra un jeune homme qui jouait au palet avec une meule de moulin. «Camarade,» lui dit-il, «veux-tu venir avec moi?—Je ne demande pas mieux.»
Un peu plus loin, il vit un autre jeune homme qui tordait un chêne pour s'en faire une hart. «Camarade, veux-tu venir avec moi?—Volontiers.»
Les voilà donc en route tous les trois. Après qu'ils eurent marché quelque temps, ils arrivèrent près d'un grand trou; le jeune garçon s'y fit descendre et y trouva une vieille femme. «Indiquez-nous,» lui dit-il, «où il y a des demoiselles à marier.—Je n'en connais pas.—Vieille sorcière, tu dois en connaître.—J'en connais bien une, mais il y a un léopard qui la garde.—Oh bien! ce n'est toujours pas le diable, puisque le diable est là sur ton lit.»
«Léopard, léopard, ouvre-moi ta porte.—Méchant petit ver de terre, je ne ferai de toi qu'une bouchée, et encore quelle bouchée!—N'importe, ouvre-moi toujours ta porte.»
Pendant que le jeune homme cherchait à forcer l'entrée, le léopard passa la tête par la chatière de la porte: aussitôt, le jeune homme la lui abattit d'un coup de sa canne de cinq cents livres. Puis il enfonça la porte et ne trouva rien. Arrivé à une seconde porte, il la brisa également et trouva une belle princesse qui lui dit: «Avant qu'on ne nous ait enfermées ici, mes sœurs et moi, notre père nous a donné à chacune un mouchoir de soie et une pomme d'or, pour en faire présent à celui qui nous délivrerait.» Et elle lui offrit le mouchoir et la pomme d'or.
Le jeune homme les prit, puis il fit remonter la princesse hors du trou par ses compagnons, elle et toutes ses richesses. Il voulut ensuite remonter lui-même; mais, quand il fut presque en haut, ses compagnons le laissèrent retomber et s'emparèrent de la princesse et du trésor.
Le jeune homme alla retrouver la vieille. «Dis-moi où il y a d'autres princesses; mes compagnons ont pris la mienne.—Je n'en connais plus.—Vieille sorcière, tu dois encore en connaître.—J'en connais bien une, mais il y a un serpent qui la garde.—Oh bien! ce n'est toujours pas le diable, puisque le diable est là sur ton lit.»