Jean se rendit près de la fontaine et prit la Plume verte; il lui donna un baiser, malgré sa résistance. «Le diable est mon père,» lui dit-elle alors. «Quand vous serez dans sa maison, s'il vous offre une chaise, vous en prendrez une autre; s'il vous dit: Mettez-vous à cette table, vous vous mettrez à une autre; s'il vous dit: Voici une assiette, ne la prenez pas; s'il vous présente un verre, refusez-le; s'il vous dit de monter à la chambre haute, comptez les marches de l'escalier jusqu'à la dix-huitième; s'il vous montre un lit, couchez-vous dans celui d'à côté. Et s'il vous demande pourquoi vous faites tout cela, vous répondrez que c'est la coutume de votre pays.»

Le jeune homme entra dans la maison du diable. «Bonjour, monsieur.—Bonjour. Tiens, voici une chaise.—J'aime mieux celle-ci.—Voici un verre.—Je prendrai celui-là.—Voici une assiette.—Je n'en veux pas.—Tu es bien difficile.—On est comme cela dans mon pays.—Allons, viens, que je te conduise où tu dois coucher.»

En montant l'escalier, Jean compta les marches, une, deux, trois, jusqu'à dix-huit. «Pourquoi comptes-tu ainsi?—C'est la coutume de mon pays.» Ils entrèrent dans une chambre à deux lits. «Mets-toi dans ce lit,» dit le diable.—«C'est bon,» dit Jean, «je vais m'y mettre.»

Le diable parti, Jean se coucha dans l'autre lit. Pendant toute la nuit, le diable ne cessa de secouer et d'agiter dans tous les sens le lit dans lequel il pensait que le jeune homme s'était couché. Le lendemain matin, il entra dans la chambre. «Te voilà?» dit-il à Jean; «tu n'es pas mort?—Non,» dit Jean.—«Maintenant,» reprit le diable, «tu vas aller couper ma forêt. Voici une hache de carton, une scie de bois et une serpe de caoutchouc. Il faut que pour ce soir le bois soit coupé, mis en cordes et rentré dans la cour du roi.»

Le jeune homme s'en alla bien triste dans la forêt. Vers le milieu de la journée, la Plume verte vint lui apporter à manger. «Qu'avez-vous, mon ami?» lui dit-elle.—«Votre père m'a commandé de couper tout son bois, de le mettre en cordes et de le rentrer pour ce soir dans la cour du roi.» La Plume verte donna un coup de baguette: voilà le bois coupé, mis en cordes et transporté dans la cour du roi.

Le diable, étant venu, fut bien étonné. «Tu as fait ce que je t'avais commandé?—Oui.—Oh! oh! tu es plus fort que moi! Eh bien! maintenant tu vas me bâtir un beau château bien sculpté en face de ma maison, avec une belle flèche au milieu.»

La Plume verte vint encore apporter à manger au jeune homme et le trouva couché par terre. «Qu'avez-vous?» lui dit-elle; «qu'est-ce que mon père vous a commandé?—Il m'a commandé de lui bâtir en face de sa maison un beau château bien sculpté avec une belle flèche au milieu.—Eh bien!» dit-elle, «je vais me changer en chatte blanche. Vous me tuerez; vous ferez bouillir ma peau dans de l'eau; vous détacherez mes os, en regardant bien comment ils sont placés, parce qu'il faudra les rajuster ensuite; vous trouverez dans mon corps une belle flèche, que vous mettrez au faîte du château.»

Le jeune homme fit tout ce qu'elle lui avait dit; seulement, quand il rajusta les os, il y en eut un au petit doigt qui ne fut pas bien remis. D'un coup de baguette, le château se trouva bâti.

«Tu as fait ce que je t'ai commandé?» dit le diable.—«Oui,» dit Jean.—«Oh! oh! tu es plus fort que moi!» Alors il banda les yeux à Jean et lui dit: «Voilà la Plume verte, la Plume jaune et la Plume noire. Si tu mets la main sur celle qui a été changée en chatte blanche, tu l'auras en mariage.» Le jeune homme mit la main sur celle du milieu: c'était bien la Plume verte.

Le soir venu, le diable dit à Jean: «Tu vas coucher dans ce lit.» Jean se coucha dans l'autre. Pendant la nuit, il s'éleva un grand vent; la Plume verte dit au jeune homme: «Voulez-vous fuir avec moi?—Je le veux bien,» dit Jean. Aussitôt, ils s'envolèrent au vent.