Dans une variante de ce conte, également de Montiers, le sotré, au lieu de panser les chevaux, les harcèle pendant toute la nuit; ils maigrissent à vue d'œil.
En Bretagne (Luzel, Veillées bretonnes, p. 76), on raconte l'histoire d'un lutin familier, qui a soin des chevaux d'une certaine maison, les brosse, les lave, renouvelle leur litière; aussi le domestique n'a-t-il presque rien à faire, et nulle part on ne voit un attelage comme le sien. Mais, un soir, étant ivre, il insulte le lutin et le provoque à la lutte. Le lendemain, on le retrouve sur le flanc, et, depuis ce temps, il ne fait plus que dépérir; quant aux chevaux, bientôt ils sont devenus de misérables rosses.
Les sotrés, follets et autres lutins affectionnent la couleur rouge: notre sotré a une calotte rouge, et nous donnerons plus loin un autre conte lorrain où un follet est tout habillé de rouge. En Irlande aussi, certain lutin porte un habit et un bonnet rouges (Kennedy, I, p. 125, 126). De même en Allemagne (Kuhn et Schwartz, pp. 19 et 48;—Wolf, Deutsche Mærchen und Sagen, nº 373) et chez les Wendes de la Lusace (Veckenstedt, pp. 177, 185, 186, 187, 196, 197). Dans d'autres récits allemands, il n'est parlé que d'un bonnet rouge (Schambach et Müller, légende nº 153;—Müllenhoff, p. 322), ou d'un bonnet pointu rouge (Müllenhoff, p. 319).
LXIX
LE LABOUREUR & SON VALET
Il était une fois un jeune homme, appelé Joseph, qui cherchait un maître. Il rencontra sur son chemin un homme qui lui demanda où il allait. «Je cherche un maître.—C'est bien tombé,» dit l'homme; «je cherche un domestique. Veux-tu venir chez moi?—Je le veux bien. Je ne vous demande pas d'argent, mais seulement ma charge de blé au bout de l'année.—C'est convenu.»
Joseph suivit son maître, qui était un laboureur du village voisin. La première chose qu'on lui commanda fut d'aller chercher les vaches, qui paissaient dans le bois. Joseph y alla. Il déracina un chêne pour s'en servir comme d'une gaule, et, au lieu de ramener les vaches, il revint chez son maître avec tous les loups de la forêt. Le maître fut bien effrayé. «Malheureux,» cria-t-il, «remène vite au bois ces vilaines bêtes.» Le domestique chassa devant lui les loups jusqu'à la forêt, et cette fois il ramena les vaches à la maison.
Le lendemain le laboureur lui dit: «Tu vas aller à la forêt prendre notre portion de bois[104].» Joseph ne se donna pas la peine de chercher où se trouvait la portion de son maître. Il prit toutes les portions à la fois et les rapporta dans la cour du laboureur.
Le maître se disait: «Voilà un gaillard qui va vite en besogne. Nous ne saurons bientôt plus à quoi l'employer.» Il lui commanda de battre le blé qu'il avait en grange. Joseph, trouvant le fléau trop léger, coupa un cerisier et un prunier qu'il attacha ensemble pour se faire un fléau, et battit tout le blé, sans désemparer. Il voulut ensuite le vanner; mais comme le van n'était pas assez grand pour lui, il prit la porte de la grange. Puis il battit et vanna toute l'avoine, par dessus le marché, en deux heures et demie.
Le laboureur lui dit alors: «J'ai prêté cent écus au diable. Va les lui redemander de ma part.»
Joseph se mit en route, et, s'étant avancé assez loin dans une grande forêt, il rencontra un diable. «Bonjour, monsieur le diable.—Bonjour. Qu'est-ce que tu viens faire ici?—Je viens de la part de mon maître le laboureur chercher cent écus qu'il vous a prêtés.—Attends un instant. Le patron va rentrer.» En effet, le grand diable arriva bientôt et dit à Joseph: «Qu'est-ce que tu demandes?—Je demande les cent écus que mon maître vous a prêtés.» Le diable lui compta l'argent, et Joseph s'en retourna.