«N.»

Le lendemain de la réception de ce billet, lasse des assauts de Napoléon et surtout d'entendre les prières de son entourage, qui persistait à voir dans son consentement l'avènement de la Pologne, Marie Walewska se rendit au château impérial. Ce fut la nuit, entourée de mystère, voilée et en voiture fermée, qu'elle y arriva en compagnie d'un gardien discret.

Napoléon l'attendait. Il était là, debout, dans la salle ou on l'introduisit. Empressé, comme il savait l'être avec les femmes qu'il aimait, l'Empereur se montra galant. Mais Marie Walewska, toute surprise encore, ne put que pleurer, se montrer nerveuse et d'une timidité qui pouvait surprendre. Quand, à deux heures du matin, on vint la prendre pour la reconduire chez elle, comme il avait été convenu, Napoléon n'avait obtenu qu'un droit de consolation et sa promesse de revenir le lendemain.

Aussi, dès son réveil, sa femme de chambre lui remit-elle ce mot, qui accompagnait un bouquet et une guirlande de diamants:

«Marie, ma douce Marie, ma première pensée est pour toi, mon premier désir est de te revoir. Tu reviendras, n'est-ce pas? Tu me l'as promis. Sinon l'aigle volerait vers toi. Je te verrai à dîner, l'ami[10] le dit. Daigne donc accepter ce bouquet: qu'il devienne un lien mystérieux qui établisse entre nous un rapport secret au milieu de la foule qui nous environne. Exposés aux regards de la multitude, nous pourrons nous entendre. Quand ma main pressera mon cœur, tu sauras qu'il est tout occupé de toi et, pour répondre, tu presseras le bouquet! Aime-moi, ma gentille Marie, et que ta main ne quitte jamais ton bouquet.

«N.»

Le soir, elle était au dîner. La conversation s'engagea entre elle et l'Empereur à l'aide de ce bouquet. Puis elle vint au palais. L'habitude prise, elle y revint chaque soir.

Quand Napoléon quitta Varsovie pour Finckenstein, elle le suivit. Dans cette nouvelle résidence, elle mène une vie cloîtrée, enfermée dans un château morne, où elle ne voit personne. L'Empereur paraît aux heures des repas, pris en tête à tête. Le reste du temps, elle l'use à lire, à broder, à voir la parade à travers les persiennes.

De Finckenstein, elle va à Vienne, et de Vienne à Paris, où l'Empereur lui achète un hôtel particulier au 48 de la rue de la Victoire.

De là, elle gagne Schoenbrunn, en 1809, et le château de Walewice, en 1810, où elle accouche d'un fils (le 4 mai): le comte Walewski.