LETTRE XXX

À l'Impératrice, à Strasbourg.

Munich, le dimanche 5 brumaire an xiv (27 octobre 1805).

J'ai reçu par Lemarois ta lettre. J'ai vu avec peine que tu t'étais trop inquiétée. L'on m'a donné des détails qui m'ont prouvé toute la tendresse que tu me portes; mais il faut plus de force et de confiance. J'avais d'ailleurs prévenu que je serais six jours sans l'écrire.

J'attends demain l'électeur. À midi je pars pour confirmer mon mouvement sur l'Inn. Ma santé est assez bonne. Il ne faut pas penser à passer le Rhin avant quinze ou vingt jours. Il faut être gaie, t'amuser, et espérer qu'avant la fin du mois nous nous verrons.

Je m'avance contre l'armée russe. Dans quelques jours j'aurai passé l'Inn.

Adieu, ma bonne amie, mille choses aimables à Hortense, à Eugène et aux deux Napoléon.

Garde la corbeille quelque temps encore.

J'ai donné hier aux dames de cette cour un concert. Le maître de chapelle est un homme de mérite.

J'ai chassé à une faisanderie de l'électeur: tu vois que je ne suis pas si fatigué.