Le 3 décembre, à midi, 1806.

Je reçois ta lettre du 26 novembre, j'y vois deux choses: tu me dis que je ne lis pas tes lettres; cela est mal pensé. Je te sais mauvais gré d'une si mauvaise opinion. Tu me dis que ce pourrait être par quelque rêve de la nuit et tu ajoutes que tu n'es pas jalouse. Je me suis aperçu depuis longtemps que les gens colères soutiennent toujours qu'ils ne sont pas colères, que ceux qui ont peur disent souvent qu'ils n'ont pas peur; tu es donc convaincue de jalousie: j'en suis enchanté! Du reste, tu as tort; je ne pense à rien moins et dans les déserts de la Pologne l'on songe peu aux belles... J'ai eu hier un bal de la noblesse de la province d'assez belles femmes, assez riches, assez mal mises, quoique à la mode de Paris.

Adieu, mon amie; je me porte bien.

Tout à toi,

Napoléon.


LETTRE XLIV

À l'Impératrice, à Mayence.

Posen, le 3 décembre, à 6 heures du soir.

Je reçois ta lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête s'est montée. Je me suis souvenu de ce vers: