Les qualités et le caractère seront la majeure;
La conduite, la mineure;
La fortune ou l’infortune, la conclusion.
En voici deux exemples frappants:
Pierre III.
Catherine II.
Pierre III, son Père et sa Mère.
La mère du premier, fille de Pierre I, mourut deux mois après l’avoir mis au monde, de phthisie, dans la petite ville de Kiel en Holstein, du chagrin de s’y voir établie et d’être aussi mal mariée. Charles Frédéric, duc de Holstein,—neveu de Charles XII, roi de Suède,—père de Pierre III, était un prince faible, laid, petit, malingre et pauvre (voyez le journal de Berkholz dans le magazin de Busching). Il mourut en l’année 1739, et laissa son fils âgé à peu près de onze ans, sous la tutelle de son cousin Adolphe Frédéric, évêque de Lubeck, duc de Holstein, depuis roi de Suède, élu en conséquence de la paix d’Abo, par la recommendation de l’Impératrice Élisabeth. A la tête de l’éducation de Pierre III, se trouvait le grand-maréchal de sa cour, Brummer, Suédois de naissance, et sous lui, le grand-chambellan Berkholz, auteur du journal ci-dessus cité, et quatre chambellans, dont deux—Adlerfeldt, l’auteur d’une histoire de Charles XII, et Wachmeister—étaient Suédois, et les deux autres—Wolff et Madfeldt—Holsteinois. On élevait le prince, pour le trône de Suède, dans une cour trop grande pour le pays où elle se trouvait, et laquelle était partagée en plusieurs factions, qui toutes s’entre-haïssaient, et dont chacune voulait s’emparer de l’esprit du prince, qu’elle devait former, et par conséquent lui inspirait l’aversion qu’elles avaient réciproquement contre les individus qui leur étaient opposés. Le jeune prince haïssait cordialement Brummer, et n’aimait aucun de ses entours parcequ’ils le gênaient.
Dès l’âge de dix ans, Pierre III marquait du penchant pour la boisson. On l’obligeait à beaucoup de présentations, et on ne le quittait de vue ni jour ni nuit. Ceux qu’il aimait pendant son enfance et les premières années de son séjour en Russie, étaient deux vieux valets de chambre: l’un, Cramer, Livonien; l’autre, Roumberg, Suédois. Celui-ci lui était le plus cher: c’était un homme assez grossier et rude, qui avait été dragon sous Charles XII. Brummer, et par conséquent Berkholz, qui ne voyait que par les yeux de Brummer, était attaché au prince-tuteur et administrateur. Tout le reste était mal-content de ce prince, et plus encore des entours de celui-ci.
L’Impératrice Élisabeth étant montée sur le trône de Russie, elle envoya le chambellan Korf en Holstein, demander son neveu que le prince-administrateur fit partir sur le champ, accompagné du grand-maréchal Brummer, du chambellan Berkholz, et du chambellan Decken, neveu du premier. La joie de l’Impératrice fut grande à son arrivée. Elle partit peu après pour son couronnement à Moscou. Elle était résolue de déclarer le prince son héritier, mais avant tout il devait confesser la religion grecque. Les ennemis du grand-maréchal Brummer, et nommément le grand-chambellan comte Bestoujeff, et le comte M. Panin, qui avait été long-temps ministre de Russie en Suède, prétendaient avoir des preuves convainquantes en mains, comme quoi Brummer dès qu’il vit l’Impératrice déterminée à déclarer son neveu héritier présomptif de son trône, prit autant de soin à gâter l’esprit et le cœur de son élève, qu’il en avait pris à le rendre digne de la couronne de Suède. Mais j’ai toujours douté de cette atrocité, et j’ai cru que l’éducation de Pierre III avait été un conflit de circonstances malheureuses. Je raconterai ce que j’ai vu et entendu, et cela même développera bien des choses.