—Oui.
—C'est impossible … il peut à peine remuer.
—Je ne dis pas non … mais je l'ai vu comme je vous vois; il tenait une torche a la main … la nuit était sombre et l'air si tranquille, que la flamme de la torche se tenait toute droite.»
Je regardai Marie-Anne d'un air stupéfait.
—D'abord, reprit-elle après un instant de silence, de voir cet homme, les jambes nues, dans une pareille position, ça me produit un effet … un effet … je veux crier … mais aussitôt je me dis: «Peut-être qu'il est somnambule? si tu cries … il s'éveille … il tombe … il est perdu!..» Bon! je me tais et je regarde, avec des yeux!.. vous pensez bien!.. Voilà qu'il lève sa torche lentement, puis il l'abaisse … il la relève et l'abaisse enfin trois fois, comme un homme qui fait un signal … puis il la jette dans les remparts … ferme la fenêtre … tire les rideaux … passe devant moi sans me voir … et se couche en marmottant Dieu sait quoi!
—Êtes-vous bien sûre d'avoir vu cela, Madame?
—Si j'en suis sure!…
—C'est étrange!
—Oui, je le sais bien; mais que voulez-vous? c'est comme ça! Ah! dame! dans le premier moment ça m'a remuée…, puis, quand je l'ai revu couché dans son lit, les mains sur la poitrine … comme si de rien n'était, alors je me suis dit: «Marie-Anne, tu viens de faire un mauvais rêve…. ça n'est pas possible autrement,» et je me suis approchée de la fenêtre; mais la torche brûlait encore, elle était tombée dans une broussaille, un peu à gauche de la troisième poterne … on la voyait briller comme une étincelle…. Il n'y avait pas moyen de dire non.»
Marie Lagoutte me regarda quelques secondes en silence: