«Vous pensez bien, Monsieur, qu'à partir de ce moment-là, je n'ai plus eu sommeil de toute la nuit. J'étais comme qui dirait sur le qui-vive. A chaque instant, je croyais entendre quelque chose derrière mon fauteuil. Ce n'est pas la peur, mais, que voulez-vous? j'étais inquiète, ça me tracassait! Ce matin au petit jour, j'ai couru éveiller Offenloch et je l'ai envoyé près du comte. En passant dans le corridor, j'ai vu que la première torche à droite manquait dans son anneau, je suis descendue, et je l'ai trouvée près du petit sentier du Schwartz-Wald; tenez, la voilà.»

Et la bonne femme sortit de dessous son tablier un bout de torche qu'elle déposa sur la table.

J'étais terrassé.

Comment cet homme, que j'avais vu la veille si faible, si épuisé, avait-il pu se lever, marcher, ouvrir et refermer une lourde fenêtre? Que signifiait ce signal au milieu de la nuit?

Les yeux tout grands ouverts, il me semblait assister à cette scène étrange, mystérieuse, et ma pensée se reportait involontairement vers la Peste-Noire. Je m'éveillai enfin de cette contemplation intérieure, et je vis Marie Lagoutte qui s'était levée et se disposait à sortir.

«Madame, lui dis-je en la reconduisant, vous avez très-bien fait de me prévenir et je vous en remercie…. Vous n'avez rien dit à personne de cette aventure?

—A personne, Monsieur; ces choses-là ne se disent qu'au prêtre et au médecin.

—Allons, je vois que vous êtes une brave personne.»

Ces paroles s'échangeaient sur le seuil de la tour. En ce moment
Sperver parut au fond de la galerie, suivi de son ami Sébalt.

«Eh! Fritz! cria-t-il en traversant la courtine, tu vas en apprendre de belles!