Deux minutes ne s'étaient pas écoulées, que je m'élançais sur leurs traces, entraîné par une curiosité subite, irrésistible.
Je traversai la courtine en courant, et j'allais pénétrer sous l'ogive de la tour, quand une citerne large et profonde s'ouvrit à mes pieds; un escalier y plongeait en spirale, et je vis la torche tournoyer … tournoyer … autour du cordon de pierre, comme une luciole… Elle devenait imperceptible par la distance.
Je descendis à mon tour les premières marches de l'escalier, me guidant sur cette lueur lointaine.
Tout à coup elle disparut: la vieille et le comte avaient atteint le fond du précipice…. Moi, la main contre le pilier, je continuai de descendre, sûr de pouvoir remonter dans la tour, à défaut d'autre issue.
Bientôt les marches cessèrent. Je promenai les yeux autour de moi et je découvris, à gauche, un rayon de lune trébuchant sous une porte basse, à travers de grandes orties et des ronces chargées de givre. J'écartai ces obstacles, refoulant la neige du pied, et je me vis à la base du donjon de Hugues.
Qui aurait supposé qu'un trou pareil montait au château? Qui l'avait enseigné à la vieille? Je ne m'arrêtai point à ces questions.
La plaine immense s'étendait devant moi, éblouissante de lumière comme en plein jour…. A ma droite, la ligne noire du Schwartz-Wald, avec ses rochers à pic, ses gorges et ses ravins, se déroulait à l'infini.
L'air était froid, calme; je me sentis réveillé, comme subtilisé par cette atmosphère glaciale. Mon premier regard fut pour reconnaître la direction du comte et de la vieille. Leur haute taille noire s'élevait lentement sur la colline, à deux cents pas de moi. Elle se découpait sur le ciel, piqué d'étoiles sans nombre.
Je les atteignis à la descente du ravin.
Le comte marchait lentement, le suaire traînait toujours…. Son attitude, ses mouvements et ceux de la vieille avaient quelque chose d'automatique.