—Comment cela, Monsieur Knapwurst?
—Le parchemin … le vieux parchemin, dit-il, j'aime ça! Ces vieux feuillets jaunes, vermoulus, c'est tout ce qui nous reste des temps écoulés, depuis Kar-le-Grand jusqu'aujourd'hui! Les vieilles familles s'en vont … les vieux parchemins restent! Que serait la gloire des Hohenstaufen, des Leiningen, des Nideck et de tant d'autres races fameuses?…. Que seraient leurs titres, leurs armoiries, leurs hauts faits, leurs expéditions lointaines en Terre-Sainte, leurs alliances, leurs antiques prétentions, leurs conquêtes accomplies … et depuis longtemps effacées?…. Queserait tout cela … sans ces parchemins? Rien! Ces hauts barons, ces ducs, ces princes seraient comme s'ils n'avaient jamais été …, eux et tout ce qui les touchait de près ou de loin!…. Leurs grands châteaux, leurs palais, leurs forteresses tombent et s'effacent…. Ce sont des ruines, de vagues souvenirs!…. De tout cela, une seule chose subsiste: la chronique … l'histoire … le chant du barde ou du minnesinger … le parchemin!»
II y eut un silence. Knapwurst reprit:
«Et dans ces temps lointains,—où les grands chevaliers allaient guerroyant, bataillant, se disputant un coin de bois, un titre, et quelquefois moins!—avec quel dédain ne regardaient-ils pas ce pauvre petit scribe, cet homme de lettres et de grimoire, habillé de ratine, l'écritoire à la ceinture pour toute arme, et la barbe de sa plume pour fanon! Combien ne le méprisaient-ils pas, disant:
«Celui-ci n'est qu'un atome, un puceron; il n'est bon à rien, il ne fait rien, ne perçoit point nos impôts et n'administre point nos domaines, tandis que nous, hardis, bardés de fer, la lance au poing, nous sommes tout!» Oui, ils disaient cela, voyant le pauvre diable traîner la semelle, grelotter en hiver, suer en été, moisir dans sa vieillesse. Eh bien! ce puceron, cet atome les fait survivre à la poussière de leurs châteaux, à la rouille de leurs armures!
—Aussi, moi, j'aime ces vieux parchemins, je les respecte, je les vénère. Comme le lierre, ils couvrent les ruines, ils empêchent les vieilles murailles de s'écrouler et de disparaître tout à fait.»
En disant cela, Knapwurst semblait grave, recueilli; une pensée attendrie faisait trembler deux larmes dans ses yeux.
Pauvre bossu, il aimait ceux qui avaient toléré, protégé ses ancêtres!
Et puis, il disait vrai: ses paroles avaient un sens profond.
J'en fus tout surpris.
«Monsieur Knapwurst, lui dis-je, vous avez donc appris le latin?