—Oui, Monsieur, tout seul, répondit-il non sans quelque vanité, le latin et le grec; de vieilles grammaires m'ont suffi. C'étaient des livres du comte, mis au rebut; ils me tombèrent dans les mains … je les dévorai!…. Au bout de quelque temps, le seigneur du Nideck, m'ayant entendu par hasard faire une citation latine, s'étonna: «Qui donc t'a appris le latin, Knapwurst?—Moi-même, Monseigneur.» Il me posa quelques questions. J'y répondis assez bien. «Parbleu! dit-il, Knapwurst en sait plus que moi; je veux en faire mon archiviste.» Et il me remit la clef des archives. Depuis ce temps, il y a de cela trente-cinq ans, j'ai tout lu, tout feuilleté. Quelquefois, le comte, me voyant sur mon échelle, s'arrête un instant, et me demande: «Eh! que fais-tu donc là, Knapwurst?—Je lis les archives de la famille, Monseigneur.—Ah! et ça te réjouit?

—Beaucoup.—Allons; tant mieux! sans toi, Knapwurst, qui saurait la gloire des Nideck?» Et il s'en va en riant. Je fais ici ce que je veux.

—C'est donc un bien bon maître, monsieur Knapwurst?

—Oh! docteur Fritz, quel coeur! quelle franchise! fit le bossu en joignant les mains; il n'a qu'un défaut.

—Et lequel?

—De n'être pas assez ambitieux.

—Comment?

—Oui, il aurait pu prétendre à tout. Un Nideck! l'une des plus illustres familles d'Allemagne, songez donc! il n'aurait eu qu'à vouloir … il serait ministre, ou feld-maréchal…. Eh bien! non; dès sa jeunesse, il s'est retiré de la politique;—sauf la campagne de France qu'il a faite à la tête d'un régiment qu'il avait levé à son compte,—sauf cela, il a toujours vécu loin du bruit, de l'agitation, simple, presque ignoré, ne s'inquiétant que de ses chasses.»

Ces détails m'intéressaient au plus haut point. La conversation prenait d'elle-même le chemin que j'aurais voulu lui faire suivre. Je résolus d'en profiter.

«Le comte n'a donc pas eu de grandes passions, monsieur Knapwurst?