—Mademoiselle Odile!… serait-elle malade?
—Non, elle est tout à fait remise; mais il se passe quelque chose d'extraordinaire. Figure-toi que ce matin, vers une heure, voyant le comte près de rendre l'âme, je vais pour éveiller la comtesse; au moment de sonner, le coeur me manque: «Pourquoi l'attrister? me dis-je, elle n'apprendra le malheur que trop tôt; et puis l'éveiller au milieu de la nuit, si faible et déjà toute brisée par tant de secousses, ça suffirait pour la tuer du coup!» Je reste là dix minutes à réfléchir; enfin, je prends tout sur moi. Je rentre dans la chambre du comte, je regarde … personne! Ce n'est pas possible: un homme à l'agonie! Je cours dans le corridor comme un fou…. Rien! J'entre dans la grande galerie…. Rien! Alors, je perds la tête, et me voilà de nouveau devant la chambre de mademoiselle Odile. Cette fois, je sonne; elle paraît en criant: «Mon père est mort?—Non….—Il a disparu?—Oui, Madame…. J'étais sorti un instant…. Lorsque je suis rentré….—Et le docteur Fritz … où est-il?—Dans la tour de Hugues.—Dans la tour de Hugues!» Elle s'enveloppe de sa robe de chambre … prend la lampe et sort…. Moi, je reste. Un quart d'heure après, elle revient, les pieds tout couverts de neige … et pâle … pâle … enfin ça faisait pitié…. Elle pose sa lampe sur la cheminée, et me dit, en me regardant: «C'est vous qui avez installé le docteur dans la tour?—Oui, Madame.—Malheureux!… vous ne saurez jamais le mal que vous avez fait….» Je voulais répondre. «Cela suffit … allez fermer toutes les portes … et couchez-vous…. Je veillerai moi-même…. Demain matin, vous irez prendre le docteur Fritz, chez Knapwurst, et vous me l'amènerez…. Pas de bruit! vous n'avez rien vu!… vous ne savez rien!»
—C'est tout, Sperver?»
Il inclina la tête gravement.
«Et le comte?
—Il est rentré…. Il va bien!»
Nous étions arrivés dans l'antichambre… Gédéon frappa doucement à la porte, puis il ouvrit, annonçant:
«Le docteur Fritz!»
Je fis un pas, j'étais en présence d'Odile … Sperver s'était retiré en fermant la porte.
Une impression étrange se produisit dans mon esprit à la vue de la jeune comtesse, pâle, debout, la main appuyée sur le dossier d'un fauteuil, les yeux brillant d'un éclat fébrile et vêtue d'une longue robe de velours noir.