Il était facile de voir le dépit du vieux chasseur, irrité de ce que j'osais toucher à ses connaissances spéciales. Aussi, riant dans ma barbe, je ne me fis pas répéter l'invitation, et je tournai brusquement à gauche, sûr de couper les traces de la vieille, qui, de la poterne, après s'être enfuie avec le comte, avait dû traverser la plaine pour regagner la montagne.
Sperver marchait derrière moi, sifflant d'un air d'indifférence, et je l'entendais murmurer: «Allez donc chercher en plaine les traces de la Louve!… un autre se serait imaginé qu'elle a dû suivre la lisière du bois, comme d'habitude…. Mais il paraît qu'elle se promène maintenant à droite et à gauche, les mains dans les poches, comme un bourgeois de Tubingue.»
Je faisais la sourde oreille, quand tout à coup je l'entendis s'exclamer de surprise; puis me regardant d'un oeil pénétrant:
«Fritz, dit-il, tu en sais plus que tu n'en dis!
—Comment cela, Gédéon?
—Oui, cette piste que j'aurais cherchée huit jours … tu la trouves du premier coup. Ça n'est pas naturel!
—Où la vois-tu donc?
—Eh! n'aie pas l'air de regarder à tes pieds!»
Et m'indiquant au loin une traînée blanche à peine perceptible:
«La voilà!»