—C'est d'avoir oublié ma trompe…. J'aurais voulu sonner la rentrée en approchant du Nideck. Ha! ha! ha!»

Il alluma son tronçon de pipe, et nous repartîmes.

Les traces de la Louve gagnaient alors le haut des bois sur une pente tellement roide, qu'il nous fallut plusieurs fois mettre pied à terre et conduire nos chevaux par la bride.

«La voilà qui tourne à droite, me dit Sperver; de ce côté-là les montagnes sont à pic; l'un de nous sera peut-être forcé de tenir les chevaux en main, tandis que l'autre grimpera pour rabattre. C'est le diable! on dirait que le jour baisse!»

Le paysage acquérait alors une ampleur grandiose; d'énormes roches grises, chargées de glaçons, élevaient de loin en loin leurs pointes anguleuses, comme des écueils au-dessus d'un océan de neige.

Rien de mélancolique comme le spectacle de l'hiver dans les hautes montagnes: les crêtes, les ravins, les arbres dépouillés, les bruyères scintillantes de givre, prennent à vos regards un caractère d'abandon et de tristesse indicible… Et le silence,—si profond que vous entendez une feuille glisser sur la neige durcie, une brindille se détacher de l'arbre,—le silence vous pèse, il vous donne l'idée incommensurable du néant!…

Que l'homme est peu de chose! Deux hivers consécutifs … et la vie est balayée de la terre.

Par instants l'un de nous éprouvait le besoin d'élever la voix … c'était une parole insignifiante:

«Ah! nous arriverons!… Quel froid de loup!…»

Ou bien: