«Hé! Lieverlé… tu baisses l'oreille.»
Tout cela pour s'entendre soi-même, pour se dire:
«Oh! je me porte bien … hum! hum!»
Malheureusement, Fox et Reppel commençaient à se fatiguer; ils enfonçaient jusqu'au poitrail et ne hennissaient plus comme au départ.
Et puis les défilés inextricables du Schwartz-Wald se prolongent indéfiniment. La vieille aimait ces solitudes: ici elle avait fait le tour d'une hutte de charbonnier abandonnée, plus loin elle avait arraché des racines qui croissent sur les roches moussues … ailleurs elle s'était assise au pied d'un arbre, et cela récemment, il y avait tout au plus deux heures, car les traces étaient fraîches; aussi notre espoir et notre ardeur s'en redoublaient… Mais le jour baissait à vue d'oeil!
Chose étrange, depuis notre départ du Nideck, nous n'avions rencontré ni bûcherons, ni charbonniers, ni ségares…. Dans cette saison, la solitude du Schwartz-Wald est aussi profonde que celle des steppes de l'Amérique du Nord.
A cinq heures, la nuit était venue; Sperver fit halte, et me dit:
«Mon pauvre Fritz, nous sommes partis deux heures trop tard…. La Louve a trop d'avance sur nous! Avant dix minutes, il va faire noir sous les arbres comme dans un four…. Ce qu'il y a de plus simple, c'est de gagner la Roche-Creuse, à vingt minutes d'ici, d'allumer un bon feu, de manger nos provisions et de vider notre peau de bouc. Dès que la lune se lèvera, nous reprendrons la piste, et si la vieille n'est pas le diable en personne, il y a dix à parier contre un, que nous la trouverons morte de froid, au pied d'un arbre, car il est impossible qu'une créature humaine puisse supporter de telles fatigues, par un temps comme celui-ci…. Sébalt lui-même, qui est le premier marcheur du Schwartz-Wald, n'y résisterait pas!… Voyons, Fritz, qu'en penses-tu?
—Je pense qu'il faudrait être fou pour agir autrement … et d'abord je ne me sens plus de faim.
—Eh bien donc, en route!»