—Hé! c'est une mort comme une autre. On suffoque, voilà tout. J'aime autant ça que de recevoir un coup de marteau sur la tête, comme dans l'apoplexie, ou de ne pouvoir plus dormir, fumer, avaler, digérer, éternuer, comme dans les autres maladies.
—Pauvre Gédéon, tu raisonnes bien mal pour une barbe grise.
—Barbe grise tant que tu voudras … c'est ma manière de voir…. J'ai toujours un canon de mon fusil chargé à balle au service de la sorcière; de temps en temps j'en renouvelle l'amorce, et si l'occasion se présente…»
Il termina sa pensée par un geste expressif.
«Tu auras tort, Sperver, tu auras tort…. Je suis de l'avis du comte de Nideck: «Pas de «sang!» Un grand poëte a dit:—«Tous les «flots de l'Océan ne peuvent laver une goutte «de sang humain!»—Réfléchis à cela, camarade, et décharge ton fusil contre un sanglier à la première occasion.»
Ces paroles parurent faire impression sur l'esprit du vieux braconnier, il baissa la tête et sa figure prit une expression pensive.
Nous gravissions alors les pentes boisées qui séparent le misérable hameau de Tiefenbach du château du Nideck.
La nuit était venue. Comme il arrive presque toujours après une claire et froide journée d'hiver, la neige recommençait à tomber, de larges flocons venaient se fondre sur la crinière de nos chevaux qui hennissaient doucement et doublaient le pas, excités sans doute par l'approche du gîte.
De temps en temps, Sperver regardait en arrière, avec une inquiétude visible, et moi-même je n'étais pas exempt d'une certaine appréhension indéfinissable, en songeant à l'étrange description que le piqueur m'avait faite de la maladie de son maître.
D'ailleurs, l'esprit de l'homme s'harmonise avec la nature qui l'entoure, et, pour mon compte, je ne sais rien de triste comme une forêt chargée de givre et secouée par la bise: les arbres ont un air morne et pétrifié qui fait mal a voir.