La porte s'ouvrit, et le gnome, élevant vers moi sa lanterne avec une grimace bizarre, me salua d'un: «Wilkom, herr docter (soyez le bien-venu, monsieur le docteur)», qui semblait vouloir dire: «Encore un qui s'en ira comme les autres!» Puis il referma tranquillement la grille, pendant que nous mettions pied à terre, et vint ensuite prendre la bride de nos chevaux.
II
En suivant Sperver, qui montait l'escalier d'un pas rapide, je pus me convaincre que le château du Nideck méritait sa réputation. C'était une véritable forteresse taillée dans le roc, ce qu'on appelait château d'embuscade autrefois. Ses voûtes, hautes et profondes, répétaient au loin le bruit de nos pas, et l'air du dehors, pénétrant par les meurtrières, faisait vaciller la flamme des torches engagées de distance en distance dans les anneaux de la muraille.
Sperver connaissait tous les recoins de cette vaste demeure; il tournait tantôt à droite, tantôt à gauche. Je le suivais hors d'haleine. Enfin il s'arrêta sur un large palier et me dit:
«Fritz, je vais te laisser un instant avec les gens du château, pour aller prévenir la jeune comtesse Odile de ton arrivée.
—Bon! fais ce que tu jugeras nécessaire.
—Tu trouveras là notre majordome, Tobie
Offenloch, un vieux soldat du régiment de Nideck; il a fait jadis la campagne de France sous le comte.
—Très-bien!
—Tu verras aussi sa femme, une Française, nommée Marie Lagoutte, qui se prétend de bonne famille.