«Vous arrivez à propos: Monseigneur a eu hier sa deuxième attaque, une attaque furieuse, n'est-ce pas, monsieur Offenloch?
—Furieuse est le mot, fit gravement le majordome.
—Ce n'est pas étonnant, reprit-elle, quand un homme ne se nourrit pas; car il ne se nourrit pas, monsieur. Figurez-vous que je l'ai vu passer deux jours sans prendre un bouillon.
—Et sans boire un verre de vin,» ajouta le majordome, en croisant ses petites mains replètes sur sa bedaine.
Je crus devoir hocher la tête pour témoigner ma surprise.
Aussitôt, maître Tobie Offenloch vint s'asseoir à ma droite et me dit:
«Monsieur le docteur, croyez-moi, ordonnez-lui une bouteille de markobrünner par jour.
—Et une aile de volaille à chaque repas, interrompit Marie Lagoutte.
Le pauvre homme est maigre à faire peur.
—Nous avons du markobrünner de soixante ans, reprit le majordome, et du johannisberg de l'an XI, car les Français ne l'ont pas tout bu, comme le prétend Madame Offenloch. Vous pourriez aussi lui ordonner de boire de temps en temps un bon coup de johannisberg: il n'y a rien comme ce vin-là, pour remettre un homme sur pied.
—Dans le temps, dit le grand veneur d'un air mélancolique, dans le temps, Monseigneur faisait deux grandes chasses par semaine: il se portait bien; depuis qu'il n'en fait plus, il est malade.